DALEK : Gutter Tactics (chronique, 2009)

Publié le par Systool









Avec l'élection de Barack Obama, les Etats-Unis peuvent enfin espérer obtenir un rôle de premier plan dans le paysage géo-politique mondial après des années de Bushisme pour le moins néfastes. Obama représente un visage plus ouvert pour l'Amérique et il est capable de saisir à bras le corps les opportunités qui lui font face en termes de sécurité, d'écologie et d'économie. Je pense que...




Non mais on va arrêter là? Le Père Noël est déjà passé. Les cadeaux, c'est fini, terminé, archivé. Inutile de se bercer d'illusions sous prétexte que les Américains ont choisi un individu intelligent et dynamique au profit d'un vétéran du Vietnam incapable d'aligner deux mots. Et en cas de pépin avec McCain (entendez, un ptit infarctus létal de derrière les fagots), ils auraient dû se coltiner l'autre greluche chasseuse d'ours. Sont peut-être cons, les Américains, mais pas fous... MC Dälek, en ces temps sombres, ne perd pas le Nord. Blessed are they who bash their Children's Head against a Rock se permet d'introduire le propos sanglant de Gutter Tactics, nouvelle livraison du duo deux ans après l'excellent Abandoned Language. Alors que le LP de 2007 nous montrait une facette nettement plus expérimentale de DALEK, la cuvée 09 se veut plus rentre-dedans. Le discours du révérend Jeremiah Wright fait office de rappel quant aux atrocités perpétrées par les Etats-Unis (génocides, guerres, bombe atomique), puis c'est le MC du New Jersey qui prend le relais avec No Question, plaçant un phrasé meurtrier que l'on n'avait plus entendu depuis Absence (2004). Son collègue, DJ Oktopus, se charge de la mitraille sonique et nous envoie valdinguer dans le décor avec ses décibels distordus et bruitistes : le tapis de fond de Armed with Krylon rappellera à certains esthètes intellectualisants EINSTURZENDE NEUBAUTEN, FAUST ou encore MY BLOODY VALENTINE. Pour ma part, cela ressemble furieusement à un Hummer qui met les gaz, une nuée de chauve-souris et un aspirateur Dyson 10'000 Watts. Chacun ses références. Le duo ne perd pas de temps et enchaîne avec Who Medgar Evers was... dont une introduction machiavélique de deux minutes finit de nous vriller les tympans avant l'entrée en scène du rappeur, accompagné d'une rythmique oscillante dont la fréquence ralentira petit à petit, le tout baignant dans un flot de larsens démoniaques. Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'entame de ces Tactiques du Caniveau est dense, poisseuse et sans compromis. Le coeur en brique de la pochette n'était pas là par hasard...



On poursuit avec Street Diction, espérant peut-être que les gaillards vont lever le pied. En même temps, le titre ne nous dit rien qui vaille, dans le genre « claque textuelle urbaine ». Et effectivement, après quelques secondes d'un beat anodin, on se prend les baffles en pleine poire. C'est avec A Collection of Miserable Thoughts laced with Wit que l'on souffle un peu, enfin! Une contrebasse sinueuse et une mélodie au clavier forment le squelette de ce titre quasi-instrumental, si l'on excepte quelques rimes de MC Dälek en fin de piste. La deuxième partie de l'album alterne une violence sonique sans précédents (les déflagrations de Los Macheteros / Spear of a Nation, Gutter Tactics) avec des passages plus apaisés (We lost Sight, semblant un transfuge de Abandoned Language, l'intro upbeat de 2012). Atypical Stereotype représente l'exemple idéal pour expliquer à une classe de sismologie l'intensité d'un tremblement de terre de magnitude supérieure à 9 selon l'échelle de Richter : la dévastation de zones étendues survenant tous les 20 ans. Et en effet, on n'avait pas entendu un son aussi abrasif depuis BAD BRAINS et PUBLIC ENEMY couplés aux cadors du shoegaze, voire du metal le plus sombre. La formation signée sur le label hétéroclite Ipecac (propriété de Greg Werckman et Mike Patton) est en passe de construire une discographie surprenante et dont la qualité sera éprouvée dans 10 ans, pour la simple et bonne raison que Dälek et Oktopus évoluent dans un domaine vierge qu'ils ont façonné pour ainsi dire seuls : après l'explosion de Absence, ils prennent le pari insensé de proposer un cocktail hypnotique avec Abandoned Language. Si Gutter Tactics avait un défaut, ce serait son orientation se situant à mi-chemin entre les deux. Il a cependant l'avantage d'être à la fois plus varié qu'Absence et plus stimulant qu'Abandoned Language. Et un grand album de hip hop en 2009, un!



DALEK – Gutter Tactics (Ipecac Records, 2009)




Publié dans Hip Hop

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SysTooL 07/12/2009 10:02


Excellent cadeau de Noël, J!!


Jumbo 05/12/2009 23:53


Ayé, je l'ai commandé à papa noël ce dernier Dälek ! :D
Faut dire que cette semaine j'ai réécouté From Filthy Tongue, Absence et Abandoned Language... Eh ben ça bute, tout ça ! Surtout Absence en fait, rarement entendu un truc aussi noir et intense...


SysTooL 07/02/2009 15:56

J'ignorais que tu comparais DALEK à MY BLOODY VALENTINE, aussi!!! Ah mince, c'est ce que j'ai fait dans les précédents articles dédiés au duo... :-)A+ D!

D&D 07/02/2009 14:40

Ah ben v'là autre chose... Tout content d'écouter Dalek... Et puis on apprend tout à coup qu'on est un esthète intellectualisant !!!Nan mais c'est quoi c'est histoires ?Esthète intellectualisant... Esthète intellectualisant... Est-ce que j'ai une gueule d'esth... ?Ah, j'te jure...Bon week-end quand même !(J'espère que t'es de garde, na !):-)))

SysTooL 21/01/2009 16:31

Je dois dire que ce Gutter Tactics ne m'avait pas emballé tout de suite... ou plutôt, j'avais été un peu déçu par l'écoute des quatre titres proposés sur MySpace... mais après écouté attentivement l'ensemble, j'ai été impressionné par le boulot qu'ils ont fait, notamment au niveau des beats. Le flow est par contre moins intéressant, mais cela peut aussi être expliqué par une structure moins classique des titres (je pense à A Collection of miserable thoughts... ou Armed with Krylon)Merci pour DJ Signify, je vais checker ça!