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Je tente depuis le mois d'avril 2005 de vous exposer mes passions en matière de musique, surtout rock et jazz, mais aussi mes coups de coeur cinéma et littéraires. Ce blog a une fonction de plate-forme afin que d'autres internautes partageant les mêmes centres d'intérêt (ou étant simplement curieux) puissent interagir. Vous remarquerez qu'il existe des lecteurs qui vous permettent d'écouter gratuitement des chansons (mp3, flash) ou de visualiser des clips. Bon surf, profitez bien et n'oubliez pas qu'un petit mot de votre part est toujours reçu agréablement...

 

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Vendredi 2 janvier 2009

Vous est-il déjà arrivé de découvrir un groupe de musique, de lui donner sa chance mais de le laisser de côté, parfois plusieurs années, comme si quelque chose en vous était encore hermétique, comme si, malgré les qualités que vous suspectez, il y a encore quelque chose qui cloche, comme si vous n'étiez pour ainsi dire pas prêt? Bon, ce genre d'expérience ne risque pas de survenir avec LORIE ou MATT POKORA, qui vont immanquablement provoquer un (dé)plaisir immédiat. Pour ma part, je me souviens de trois formations qui m'ont fait vivre une telle situation : TOOL, découverts en 96 avec Aenima mais véritablement appréciés à partir de 99, Frank Zappa pour lequel il m'a également fallu des années de digestion passive après une écoute distraite et peu conclusive, et GODSPEED YOU! BLACK EMPEROR. Vous me direz que le nom du groupe est déjà tout un programme. C'est quoi ce truc, hein? En fait, c'est en référence à une obscure réalisation homonyme de Mitsuo Yanagimachi qui traitait d'un gang de bikers nippons.




GY!BE a vu le jour en 1994. Ce collectif canadien a subi un nombre impressionnant de modifications, faisant varier le nombre de musiciens jusqu'à une vingtaine, même si la plupart du temps, on peut considérer qu'il existe 9 membres stables, parmi lesquels Efrim Menuck (guitare) et Mauro Pezzente (basse), cofondateurs de l'ensemble. Citons encore Roger-Tellier Craig (guitare) et Sophie Trudeau (violon, production de films). Ceci permet d'introduire la notion artistique au sens large de GODSPEED, puisqu'outre l'aspect musical, ces derniers intègrent une composante cinématographique (particulièrement marquante en concert) et un artwork élaboré. Enfin, il est impossible de ne pas mentionner les idées politiques de GY!BE, anticapitalistes et vaguement anarchistes. Signés sur un label indépendant, Constellation, ils exhortent leurs auditeurs à éviter toute consommation de masse et sont très critiques vis-à-vis de leurs congénères, souvent peu enclins à élaborer un jugement éclairé. On trouve d'ailleurs un curieux diagramme sur la pochette de Yanqui U.X.O., dernier album paru en 2002, qui représente les liens entre l'industrie du disque et les tentaculaires entreprises de guerre. Vous l'aurez compris, GY!BE est une entité complexe et ceci a sans doute contribué au break imposé en 2003 et d'une durée “indéterminée”, sur lequel Efrim Menuck revient dans une interview accordée à Noise Magazine en 2008 :


La plus grosse erreur qu'a commise GODSPEED c'est de s'enfermer dans son truc. Je veux dire, nous avions cette approche particulière de notre art, cette idée des visuels, du son... Mais nous n'avions jamais envisagé de devenir aussi populaires dans un sens, ni de nous poser la question de savoir comment tout ça serait reçu par le public. Nous ne pouvions soupçonner que ça donnerait naissance à une telle “mythologie” à la con.

(Noise Magazine #5, avril 2008)


Cette mythologie a pris forme dès les premières parutions discographiques du groupe, mais Lift your Skinny Fists like Antennas to Heaven, deuxième LP après F#A#(infinity) et souvent considéré comme la pierre angulaire du son GODSPEED, y joue un rôle prépondérant. Ce double album comprend 4 titres de plus de 20 minutes qui s'articulent autour de plusieurs mouvements : Storm, Static, Sleep et Antennas to Heaven. Hormis des samples de voix tirés de vieux films ou de discours politiques, le propos est résolument instrumental, faisant alterner des séquences apaisées et des parties plus énergiques où les violons se font volontiers nerveux, où la guitare toujours aérienne plaque des riffs entêtants. Bien que les critiques aient souvent été dithyrambiques, on a parfois reproché à GODSPEED de fonctionner constamment sur la même dynamique, enchaînant montées en puissance et intermèdes éthérés. Quand on jette une oreille à 98% de la production musicale qui, elle, ne contient aucun contraste et aucune recherche, on a de quoi rester perplexe face à de telles affirmations.




Après la superbe entrée en matière de Storm, qui exhibe ce fameux sens du climax, on termine sur une ligne de piano et la voix impersonnelle d'une annonce de halle d'aéroport, renforçant ce sentiment d'un monde désincarné et en proie à une insécurité créée de toutes pièces. Sur Static, on assiste à une longue introduction atmosphérique qui précède des cordes mélancoliques et une basse égrènant sans relâche 8 notes étouffées. Après dix minutes d'exposition, les guitares torturées font leur entrée et le tout aboutira à une rythmique quasiment punk s'accélérant de plus en plus. Sleep débute avec le sample touchant d'un vieil homme nostalgique de l'époque où l'on pouvait dormir calmement sur les plages de Coney Island. L'ambiance se charge d'électricité tel un nuage, l'écho de la basse et le roulement de la batterie annonçant l'orage libérateur. Après un départ difficile (une reprise country, des enfants fredonnant une comptine en français), Antennas to Heaven poursuit l'effort avec ces atmosphères chères à un groupe comme ISIS ou EXPLOSIONS IN THE SKY, qui ont intégré cette facette jusqu'à plus soif dans leurs compositions.


L'écoute de GY!BE nécessite du temps. Près de 90 minutes pour écouter cet album dans son intégralité, mais surtout des heures et des heures pour s'immerger dans cet univers unique, où la plénitude se confronte à l'angoisse. Le terme d'investissement ferait certainement grincer des dents Menuck et ses amis, tant ces derniers rejettent toute forme de capitalisme. Néanmoins, il s'agit bien de cela, car les efforts investis pour entrer dans le coeur de GODSPEED vous permettront de frôler la perfection du bout de vos poignets chétifs.



GODSPEED YOU! BLACK EMPEROR – Lift your Skinny Fists like Antennas to Heaven (Constellation Records – 2000)






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Par Systool - Recommander - Communauté : Le Monde du Rock
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