BOARDS OF CANADA : Music has the Right to Children (chronique, 1998)

Publié le par Systool

Des nappes de claviers nébuleux, des cris d'enfants et une rythmique entrainante teintée de hip hop. C'est simple, la musique. Lorsque paraît le premier album de BOARDS OF CANADA, nous sommes en 1998 et mine de rien, Music has the Right to Children a fait son effet, créant un genre musical à lui seul. Il faut dire que le duo formé par Michael Sandison et Marcus Eoin – deux frangins – sévissait déjà depuis quelques années de façon pour le moins confidentielle mais ce premier album paru chez Matador représente en quelque sorte l'aboutissement d'une musique qui multiplie les contradictions. En effet, pas d'instruments live (ce dogme sera violé en 2005 avec The Campfire Headphase où l'on rencontre des guitares), mais un assemblage méticuleux de sonorités lancinantes et brumeuses, de beats syncopés et de samples vocaux qui, malgré leur caractère forcément synthétique, parviennent à conserver une patine très naturelle. C'est sans aucun doute l'un des points forts de BOARDS OF CANADA, patronyme qui représente en fait un clin d'oeil au National Field Board of Canada, office culturel et multimédia basé à Montreal. Les Siamois évoluent dans des contrées oniriques, où la nostalgie et la plénitude se placent comme les sentiments les plus marquants. Ceci nous fait immanquablement penser à la douceur psychédélique d'un Meddle (PINK FLOYD) ou les premiers travaux d'APHEX TWIN. Cependant, ce rêve éveillé est mené par un tempo qui pourrait évoquer DJ SHADOW, mais sans jamais verser dans le tape-à-l'oeil.

 


Sandison et Eoin adoptent une stratégie consistant à alterner des pistes brèves (1 minute) avec des morceaux plus étirés (5-6 tours d'aiguille). En effet, on se trouve dans cette configuration dès l'introductive Wildlife Analysis qui laisse rapidement la place à An Eagle in your Mind. Plus tard, c'est Sixtyten qui nous éblouit avec une fusion remarquable de claviers balbutiants et un beat qui fait frémir notre cage thoracique. Roygbiv exhibe une ligne de basse dronique accompagnée par une mélodie à mi-chemin entre une musique d'ascenseur et celle qui nous guiderait vers des cieux plus cléments (Highway to Heaven?), pour ceux qui cherchent une bande originale de l'au-delà. On retrouve cette curieuse combinaison de samples enfantins et une basse slappée sur Aquarius, un autre titre qui provoque cette sensation d'immersion assez particulière. En fin de course, on mentionnera encore les notes stellaires de Open the Light et les expérimentations de Happy Cycling.


BOARDS OF CANADA excellent dans l'art de créer un tissu sonore à la fois très simple et parsemé d'infimes détails qui se révèlent après de patients efforts d'écoute. Effort est peut-être un terme maladroit, tant l'écoute de Music has the Right to Children apporte un plaisir immédiat. Le hic avec cette collection de 18 titres pourrait être de considérer BOARDS OF CANADA comme de bêtes concepteurs d'une musique d'ambiance, à écouter en fond sonore pendant que l'on lit un bouquin ou qu'on mange des corn-flakes. Assertion sans doute sévère pour ce que nombre d'auditeurs considèrent comme un pan inébranlable de l'IDM des années 90. Mais trève de discussions stériles, retenez simplement qu'il ne tient qu'à vous de prendre le train en marche vers cette destination mystérieuse et envoûtante, cette variation actualisée d'une poésie célébrant l'enfance à la façon d'un Syd Barrett qui a troqué sa guitare pour une table de mix.



BOARDS OF CANADA – Music has the Right to Children (Matador, 1998)

 

 

 

Publié dans Electronic

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SysTooL 07/12/2008 11:24

Bon week-end, D! Merci d'apprécier ;-)

D&D 07/12/2008 03:28

Salut doc ;-)Evidemment, je ne connaissais pas et la première écoute m'est fort agréable.Et ton article est stimulant, comme toujours. Bon dimanche à toi.

alf 05/12/2008 09:46

"Hum, fripp/eno boards of canada... ;)"hello Julientu remarqueras que j'ai été prudent et que mon com était ne point d'interrogation - je n'ai pas assez écouté "Board.. et je n'ai pas de prétention à tt savoir -  mais le rapprochement avec les albums "atmosphériques" d'Eno (en l'occurence le Eno/fripp) me paraissait une "parentée" si pas évidente, du moins pas trop éloignée, dans l'esprit

SysTooL 02/12/2008 19:12

Je pense que TU parlais de Dayvan Cowboy et qu'il figure en fait sur Headphase :-)

Julien 02/12/2008 00:00

Je pense que tu parles de Dayvan Cowboy. C'était juste pour dire que j'avais été étonné d'entendre ça sur un vol d'Air France!!!
Mais c'est vrai que Music has the Right to Children est un très bon album!