Jay McInerney : Bright Lights, Big City (Ed. de l'Olivier)

Publié le par Systool

Avant la déferlante Moins que Zéro, la termitière littéraire de New York grouillait déjà de stupéfaction lorsqu'est sorti le premier roman de Jay McInerney. Et oui, car c'est la sortie de Bright Lights, Big City qui a poussé différents éditeurs à rechercher d'autres romanciers du même acabit que l'on a placé sous le mouvement nommé Literary Brat Pack – clin d'oeil au Rat Pack composé par Sinatra, Dean Martin et Cie. Ce cercle comprend (donc) Bret Easton Ellis ou encore Tama Janowitz, écrivains aux dents longues (et au nez... creux) se prélassant dans le glamour et la dope de la Grande Pomme. Evidemment, ces auteurs, outre le fait de dépeindre ces mêmes figures désabusées et nihilistes évoluant dans une mégapole tentaculaire, n'ont pas forcément grand chose en commun. D'ailleurs, l'approche de McInerney est très différente de celle d'Ellis. Moins frontale, elle expose les milieux branchés (boîtes, défilés de mode) sur un ton moins... réjouissant. Le personnage principal partage plusieurs points communs avec le vrai McInerney : il a travaillé pour un magazine en tant que « vérificateur des faits » et a vécu avec un top model. Cette ressemblance a d'ailleurs valu à l'auteur passablement de critiques puisqu'il a éprouvé beaucoup de peine à se défaire de cette image.

 


On suit donc le protagoniste dans une lente agonie, alors que son épouse vient de le quitter. Celle-ci avait fui l'Amérique profonde pour le rejoindre à New York, mais les lumières aveuglantes de la grande ville ont eu raison de leur idylle. Un soir, elle le contacte d'un hôtel parisien où elle se trouve en pleine tournée pour lui annoncer avec indifférence que tout est fini. Le gaillard marque le coup. Ca ne va pas mieux du côté professionnel. Les perspectives qu'il imaginait prometteuses se sont muées en un vrai calvaire : il s'agit d'être à l'affût de la moindre faute (orthographe, date, nom) qu'aurait laissé echapper un journaliste lors de la rédaction d'un papier, et surtout de respecter le calendrier fantaisiste de sa supérieure. Kafka rôde... Son rêve de devenir lui-même un auteur à succès s'étiole d'ailleurs de jour en jour. Bref, notre ami, un brin maussade, s'en va oublier ses peines en faisant la tournée des clubs branchés de NYC en compagnie de son pote Tad Allagash. Dans ces pages transparaît toute la superficialité qui anime ces oiseaux de nuit. Moins clinquante que celle de Bret Ellis, elle est également moins clairement assumée par le personnage principal, mal à l'aise dans le rôle du poseur de service mais qui ne voit finalement pas d'autre échappatoire que de faire parler la poudre.


Et une fois de plus, te voilà en pleine déglingue. Sans savoir où aller.


Nous sommes en 1984 et l'antodestruction bat son plein. Déjà blasés, McInerney et son double (dont on ignore le nom et auquel le narrateur se réfère par un simple « tu ») recherchent avec difficulté un moyen de revenir aux fondements de leur existence. Ceci passera par les souvenirs d'une mère morte dans la souffrance et l'acceptation d'une nouvelle vie, loin de la hype et des paillettes. Ce Brat Pack frivole et hédoniste, McInerney l'a enterré dès son premier roman, un coup de maître qui allie style, humour et critique de notre société décadente, où le fait de porter des fringues dernier cri est synonyme d'épanouissement ultime.


Jay McInerney – Bright Lights, Big City

disponible aux éditions de L'Olivier

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SysTooL 10/10/2008 17:41

Je vais tâcher d'enchaîner avec ce Story of my Life, dans ce cas ;-)

G.T. 06/10/2008 00:14

Je n'ai toujours pas lu ce bouquin... et très peu lu de McInerney... pourtant, le fana de Bret Easton Ellis que je suis aurais de quoi se montrer plus intéressé... mais bon, un jour, je vais m'y mettre plus attentivement. Je n'ai lu que Story of my life de JMI, et j'ai plutôt bien aimé...

SysTooL 04/10/2008 12:17

Ska : Tout à fait... heureusement, certains traducteurs tels que Freddie Michalski font un excellent travail, ce qui fait que l'on peut lire du Ellroy ou du Palahniuk en VF sans trop souffrir de la transposition...

Ska 02/10/2008 11:07

Un grand livre, oui... Excellemment traduit qui plus est...

SysTooL 28/09/2008 22:27

Tout à fait... j'avais enregistré l'affiche du film dans l'administration de mon blog, mais finalement, je ne l'ai pas intégré à l'article... avec MJ Fox dans le rôle principal!Merci