DISMEMBERMENT PLAN : Emergency & I (chronique, 1999)

Publié le par Systool

Beaucoup de gens se sont cassé les dents sur la définition du terme Indie Rock. Et pour cause : difficile de vraiment expliquer ce que cette appellation aussi creuse que mystérieuse comporte. Est-ce en rapport avec le fait qu'une formation soit signée sur un label indépendant, loin du joug tentaculaire d'une major? Est-ce encore en lien avec une certaine philosophie de vie? Ou peut-être un style musical bien précis? Comme pour le punk ou le grunge, il s'agirait de l'intrication de ces trois éléments (et d'autres), sans doute. Finalement, on n'en sait trop rien. En tout cas, cette étiquette indie (ou indé en VF) ne semble jamais s'être aussi bien porté : à l'heure de la globalisation et d'un matraquage commercial de tout ce qui fait vaguement du bruit, il est tendance d'être indie. Lucratif, surtout : même la FNAC s'y est mise, consacrant un pan entier du rayon musical de ses magasins à ces pourfendeurs d'idées reçues, à ces Don Quichotte de la clé de Sol. Si l'on s'amusait à créer une liste des groupes indie, on constaterait qu'ils possèdent souvent un statut culte, un succès commercial plutôt relatif et parfois... un contrat signé avec une major! SONIC YOUTH, PAVEMENT, MOGWAI ou plus récemment SUNSET RUBDOWN ou encore ARCTIC MONKEYS, voici seulement quelques exemples. Ne parlons même pas des sous-groupes de l'indie (garage, shoegaze, banana-split, noise-experimental ; cherchez l'intrus). Il en est un qui me tient particulièrement à coeur : une formation originaire de la capitale des USA, formée en 1993 et qui a splitté dix ans après dans l'indifférence générale mais qui nous a livré une poignée d'albums sublimes, j'ai nommé THE DISMEMBERMENT PLAN. Portons notre attention sur Emergency & I, LP paru en 1999 et qui explicite magnifiquement la diversité musicale dont fait preuve le groupe au nom peu ragoûtant. On démarre avec A Life of Possibilities, la voix de fausset de Travis Morrison, la basse gargantuesque d'Eric Axelson et le lick mutin de Jason Caddell. Ce qui marque tout de suite chez D PLAN, c'est cette propension à passer d'une ambiance à l'autre avec tant de facilité, comme ceci est le cas pour ce titre introductif qui se conclut sur une embardée rock.

 



Memory Machine est également composé de plusieurs mouvements : la narration désabusée de Morrison, notamment durant le couplet, une plage bruitiste à la guitare qui prend des accents furieux en toute fin de titre. La voix légèrement criarde du chanteur fait des merveilles durant le refrain de What do you want me to say? qui s'alterne avec un intermède méchamment groovy. Et oui, car le quartette sait faire preuve de polyvalence : les claviers lancinants et l'ambiance contemplative de Spider in the Snow contrastent avec l'hystérie punkoïde de I love a Magician ou encore la section rythmique jazzy de Back & Forth, mais on retrouve en toute occasion cette aisance dans les arrangements ainsi que le sens poétique des textes de Travis Morrison, dénotant d'un esprit plutôt positif mais non dénué d'une certaine dérision. Ceci est tout à fait remarquable sur l'universelle You are invited, allégorie de l'acceptation de soi et kaléïdoscope stylistique (electro minimaliste, ambiances expérimentales et un bridge aux accents rock alternatif). Parmi les perles de Emergency & I, il est impossible de ne pas citer The Jitters, d'une tristesse qui prend à la gorge malgré quelques soubresauts musicaux, mais sans que cela tourne au mélodrame. La musique coule, les émotions sont pondérées, la formation ne force jamais le trait inutilement. Gyroscope, c'est une toute autre histoire : elle délivre sa rythmique casse-cou tout en contre-temps et se révèle une plateforme idéale pour les inventions guitaristiques de Caddell. Le duo basse-batterie, quant à lui, se fait plaisir sur The City, nous livrant une prestation alliant subtilité et énergie. Que dire encore de Girl O'Clock? Le bégaiement de Morrison durant le couplet, les choeurs insouciants et frondeurs du refrain et le coup de baguette (magique) de Joe Easley ne sont que quelques arguments supplémentaires plaidant en faveur de Emergency & I.


Les musiciens nous offriront un autre superbe recueil de chansons deux ans plus tard avec Change, avant de fermer boutique et de se disperser. C'est la dure loi de l'Indie : avoir le courage de proposer un substrat sans compromission, protéiforme dans le cas de DP, quitte à disparaître sans avoir pu exposer son travail à un public conséquant, faute de moyens financiers et d'une certaine ouverture d'esprit de la part des auditeurs potentiels. Heureusement, la flamme subsiste et il ne tient qu'à vous de la raviver.

 



THE DISMEMBERMENT PLAN – Emergency & I (De Soto Records, 1999)

 

 

 

 

 

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One Song : A Life of Possibilities

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SysTooL 14/09/2008 19:47

D : Ce n'était pas vraiment le but, mais je dois dire que ça me fait chaud au coeur, ce que tu écris... merci D

D&D 11/09/2008 18:53

Comme ça, en passant : je le trouve particulièrement émouvant cet article, et sans gnan-gnan du tout, au contraire.A + doc ;-)

SysTooL 30/08/2008 12:56

Dragibus : Je te remercie beaucoup pour ta franchise... évidemment, on ne peut pas toujours apprécier les mêmes groupes même si en l'occurrence je te trouve bien dure :-)Je vois ce que tu veux dire au sujet de la voix du chanteur qui est parfois bizarre, même si je n'irai pas jusqu'à dire qu'il chante mal...Punky : Salut!

PUNKYGIRL13 29/08/2008 11:41

slt misst'aime rammstein ou slipknot????viens voter pour un de ces deux groupes sur my blog!!!ces derniers jours de votes !invite tes amis!com's rendus!
le groupes ki renporte continu le blog contre un autre groupe ^^

dragibus 28/08/2008 15:10

bon évidement on a pas entendu les même choses, pas du tout les finesses que tu décris ci dessus pour ma part j'ai trouvé ce groupe pas très interesant et pas si différent de pleins d'autresmais on a tous une passion pour quelques artistes que tous nos amis alentours n'aiment pas malgré des années de lobbying..par contre je trouve le chanteur limité, voir qui chante mal, ce qui est rare, notamment sur le titre "the jitters" il me sembleen tout cas ta critique aura permis cette découverte, même ratée pour moi, et ce n'est pas la moindre des choses