BECK : Modern Guilt (chronique, 2008)

Publié le par Systool

Ce nouvel album de BECK m’a interpellé à plusieurs niveaux. Evidemment, toute parution discographique du Monsieur provoque en moi un sentiment d’excitation et de fébrilité pour la simple et bonne raison que je considère BECK comme l’un des musiciens essentiels de ces quinze dernières années. De plus, j’apprends que Modern Guilt est produit par Brian Burton, alias DANGER MOUSE. J’avais découvert le gaillard avec le Grey Album, curieux manifeste comprenant des remixes fusionnant le White Album des Fab Four et le Black Album de JAY-Z. Depuis, le DJ s’est illustré au sein des GNARLS BARKLEY, puisqu’il n’est autre que l’un de ses deux représentants (avec Cee-Lo), et a produit un nombre considérable d’albums depuis 3 ans (GORILLAZ, BLACK KEYS, THE GOOD THE BAD AND THE QUEEN). En gros, il semble incontournable et ses accointances funky pourraient, a priori, profiter à un BECK un peu en perte de vitesse. En effet,Guero et The Information , tout en étant de bons albums, manquaient peut-être d’un peu de variété pour un musicien aussi hétéroclite. De plus, ils avaient tendance à s’étendre un peu trop (15-16 titres) alors qu’avec Modern Guilt, le propos est résolument expéditif : 10 titres, à peine plus d’une demi-heure. Le blondinet aurait-il trop trainé avec WEEZER ?

 


Les collages surréalistes qui caractérisaient le BECK du milieu des années 90 ont laissé place, progressivement, à des textes plus obscurs, où la paranoïa et la désillusion suintaient des pores de Earthquake Weather (2005) ou encore New Round (2006). Le frontman guilleret et libidineux de Midnite Vultures semble bien loin. La quarantaine approche, les enfants grandissent et Beck Hansen paraît plus soucieux de trouver une réponse à des questions existentielles. Le réchauffement climatique et cette sensation d’un monde qui s’écroule gentiment mais sûrement transparaît d’ailleurs de plus en plus dans la thématique d’œuvres cinématographiques ou musicales, le plus souvent juste pour donner l’impression qu’on s’en soucie. BECK, de son côté, n’a pas attendu le déluge pour exprimer son caractère anti-mouton puisqu’il a toujours fait preuve d’anticonformisme. Musicalement, il s’est bien gardé de proposer la sempiternelle rengaine, autre preuve de sagacité, puisqu’au fond, il aurait été facile de se laisser happer par le succès de Loser et de rester dans le même registre. Le musicien a choisi une direction diamétralement opposée, en changeant de style musical à chaque album : entre la bossa nova de Tropicalia (1998), le funk de Sexx Laws (1999), la tristesse nue de The Golden Age (2002) et le hip hop de Que onda Guero (2005), il y a un monde exploré de fond en comble, de façon méticuleuse et pourtant joyeusement bordélique.

 


Avec Modern Guilt, l’ami Hansen continue de fouiller dans sa boîte à outils bien remplie, se demandant ce qu’il pourrait encore nous fabriquer. Orphans ouvre le bal avec des ambiances inquiétantes qui contrastent avec la rythmique emballée de Joey Waronker. On pourrait presque considérer cela comme un mix de Mutations et The Information, à la fois acoustique et entraînant. A noter la participation (très discrète) de Chan Marshall (CAT POWER) sur l’intermède. On enchaîne avec le riff surf rock de Gamma Ray, un excellent titre qui est assez représentatif de Modern Guilt : une charpente simpliste à base de guitare et batterie sur laquelle viennent se greffer divers effets électroniques et des chœurs, très présents sur l’album, à l’instar de Chemtrails, le morceau suivant. Son atmosphère très rock psychédélique m’a tout de suite emballé, car la voix de BECK dégage un onirisme que je ne lui connaissais pas. La basse serpentine de Matt Mahaffey s’impose comme l’élément essentiel de cette piste se concluant sur un jam déglingué. Jusque là, ça démarre très fort et le morceau-titre poursuit sur cette lancée, avec une mélodie prenante et l’entrée progressive de blips dignes d’un COMMODORE 64, d’une guitare bluesy et d’un piano pataud. Le pont, quant à lui, est mené par des violons au lyrisme assumé mais évitant de tomber dans le pathos. Sa conclusion abrupte est l’une des marques de fabrique de Modern Guilt, BECK ayant le plus souvent choisi de proposer des structures simples (deux couplets-refrains et un intermède) et compactes (3 minutes).

 


Après un Youthless moins palpitant mais néanmoins agréable, on entre en collision avec Walls, un titre étonnant. Son atmosphère éthérée – quasi-impalpable – est accompagnée par un beat sonore qui provoque un contraste saisissant. Alors que Beck entame le refrain (Hey, what are you gonna do when those walls are falling down, falling down on you?), on est happé par le chant de crécelle de CAT POWER qui s’emboîte à merveille avec les effluves japonais des violons. La deuxième partie du disque présente une légère baisse de régime avec un Replica conceptuellement intéressant (un air de RADIOHEAD période Kid A), mais un peu monocorde. Même constat avec Soul of a Man, qu’on verrait volontiers sur le Lullabies to Paralyze des QUEENS OF THE STONE AGE. En fin de parcours, BECK élève le niveau avec Profanity Prayers et Volcano : la première se décline comme un jam bien senti qui affiche à mi-plage quelques notes de slide, tandis que Volcano tient davantage de la ballade acoustique qui nous accompagne tranquillement vers la sortie. On retrouve un BECK las de vouloir satisfaire tout le monde à tout prix (dixit) qui vient réchauffer ses vieux os auprès du foyer d’un volcan. Le musicien réalise un grand écart appréciable en proposant des textes de plus en plus sombres et une musique qui en contrepartie se fait toujours plus légère et simple, à l’image de sa conclusion. Difficile d’estimer la contribution de DANGER MOUSE, mais disons qu’on aurait pu s’attendre à un résultat plus explosif. Au lieu de cela, BECK nous livre un album dont la concision n’a d’égal que la sobriété et le caractère désespéré. Personne n’aurait imaginé ça il y a douze ans, lorsque Where it’s at résonnait dans toutes les oreilles. En cela, BECK continue de surprendre.

 


BECK – Modern Guilt (XL Recordings – 2008)








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SysTooL 30/08/2008 12:51

MaryLav : Ca me parait bien formel, tout ça... :-)Bienvenue, MaryLav. Louable intention que la tienne et félicitations pour ton blog que j'ai pu parcourir la semaine dernière!

MaryLav 30/08/2008 00:00

Parait que pour référencer son blog, faut laisser des commentaires dans les blogs qu'on aime bien et demander un lien. Je me présente: MaryLav, 17ans. Mon but: montrer que notre génération n'est pas totalement morte et qu'on ne s'est pas forcément fait lobotomiser! On écoute quand même des trucs valables et recommandables! J'attends une réponse .. a+

SysTooL 27/08/2008 14:18

Je ne sais pas... je ne m'attendais pas forcément à ce genre de choix... celui de la production, la direction des morceaux...

MaryLav 26/08/2008 23:46

Continue de surprendre c'est un peu vite dit je trouve. je ne vois pas en quoi cet album est particulièrement... surprenant. M'enfin, Beck est tout de même plus que respectable! bonne continuation!

nyko 23/08/2008 23:11

salut Systool,Pour l'instant je ne lai écouté que 3 ou 4 fois mais moi il me plait bien ce nouveau Beck. J'avais déjà beacoup aimé "The Information" alors que je n'avais acroché à aucun de ces albums depuis "odelay")Je trouve que l album se tient de bout en bout sans baisse de régime. J'ai été assez supris par la direction prise (comme a chaque fois tu me diras...) mais pas déçu...

Systool 24/08/2008 21:01


Ah quand même quelqu'un qui a apprécié... je commençais à désespérer... même si j'ai assez vite laissé Modern Guilt dans un coin sans trop m'en préoccuper :-(