ELBOW : The Seldom Seen Kid (chronique, 2008)

Publié le par Systool

Non, Manchester n'est pas uniquement la ville qui a su hisser le football anglais au firmament (+50 visiteurs, merci Google). La cité mancunienne a également fait la pluie et le beau temps de la scène musicale made in UK : TAKE THAT (gloups), OASIS, STONE ROSES et JOY DIVISION n'en sont que quelques représentants. Mais s'il est un groupe qui s'est récemment distingué par son talent brut et une attitude exemplaire, c'est bien ELBOW. Oscillant dans des contrées résolument pop-rock, la formation menée par le barde Guy Garvey fait preuve d'un sens de la mélodie qui force le respect. Ajoutons à cela qu'elle introduit avec bonheur des plans blues et des instrumentations classiques avec cordes ou piano, et vous aurez une assez bonne idée de la chose. Après trois albums parus chez V2, dont Leaders of the Free World en 2006, le quintette revient avec The Seldom Seen Kid, un LP sous forme d'hommage à Bryan Glancy, un ami décédé subitement il y a deux ans. Mais ne vous y méprenez pas, il s'agit d'une célébration en l'honneur de cet homme, pas d'une séance de pleurnicheries.

 



La difficulté avec ELBOW, c'est que le groupe nous propose une musique à la fois très accessible et étonnamment complexe pour ce qui est de sa métabolisation. Une écoute distraite et initiale provoquera sans doute un sentiment mitigé, mais après quelques tentatives supplémentaires, on est happé par la voix cassée de Garvey qui évolue sur des territoires très diversifiés, tantôt délicieusement doux, tantôt pris dans un tourbillon élégiaque. La subtilité des musiciens, notamment au niveau des percussions, est à la fois une caractéristique majeure d'ELBOW et une denrée rare sur la scène rock. Ainsi la curieuse introduction de Starlings : un capharnaüm de cuivres qui s'intercale avec des percussions électroniques délicates. Plus tard, le chant habité et narratif de Garvey laisse la place à des choeurs d'un autre temps. The Bones of you évolue sur une rythmique plus enjouée et aux teintes acoustiques, son refrain est plus immédiat, mais Mark Potter nous prend à contrepied en injectant un zeste d'électricité dans sa guitare (on pense à un plan de Jonny Greenwood période The Bends), imité plus tard par son compère Pete Turner toujours enclin à faire grésiller sa basse. ELBOW en a encore largement sous le coude (pfff....) et le prouve sans tarder avec Mirrorball où les arpèges de six cordes et de piano créent un écho superbe. Grounds for Divorce, premier single, représente une excellente carte de visite pour The Seldom Seen Kid dans la mesure où ce titre est plus punchy et carré. Un blues de caniveau, un couplet aux effluves éthyliques, un intermède simplement sublime (peut-être la plus belle ligne de chant que j'ai entendu ces deux dernières années) et un refrain qui cogne, mais avec le style. Je vous invite d'ailleurs à découvrir ce titre en images, le clip étant également très réussi.

 

Allez c'est bon, tirez pas la gueule...


On change complètement de décor avec An Audience with the Pope, aux accents en apparence décontractés, très “musique de film 70's”. Une fois n'est pas coûtume, le schéma structurel emprunte une direction inattendue avec un lick de guitare qu'on croirait sorti d'un titre des Américains de CAKE. Le groupe poursuit avec une ballade gilmourienne (Weather to fly), une complainte déchirante (The Loneliness of a Tower Crane Driver) où le chant de Garvey prend toute sa dimension et où les musicos font preuve d'une patience remarquable pour créer une véritable ambiance. Ce n'est peut-être pas pour rien que ces joyeux lurons se sont décrits comme des musiciens de prog, sans les solos! Il n'est pas rare d'ailleurs que l'on classifie ELBOW à mi-chemin entre COLDPLAY (sans le côté mièvre) et RADIOHEAD (en moins expérimental). Richard Hawley (PULP) s'invite sur The Fix et pousse la chansonnette tel Tom Waits, tandis que Craig Potter effectue le travail de sape avec ses nappes de claviers asthmatiques associées à une ligne de piano très souple. On retrouve une fois encore une ambiance très “cinématographique” et moins sombre que sur la majeure partie de l'album. En fin de galette, on pourra encore apprécier la touche éthérée de Some Riot (Thom Yorke n'est pas loin...), les violons omniprésents de One Day like this et A Friend of Ours, touchante de bout en bout. Dans le dernière partie, le chant de Garvey s'éteint délicatement ("love you, mate"), dernière pensée pour Glancy, avant de laisser la place à une ligne de piano qui nous emporte en un souffle.


En plus de nous proposer des titres passablement variés, ELBOW font preuve de générosité puisque nous avons la chance d'écouter cet Enfant vu rarement durant près d'une heure. Et même s'il ne paie pas de mine au premier abord, ce dernier exerce une fascination qui ne risque pas de s'estomper et place définitivement la formation de Manchester au rang de groupe majeur de la décennie. Il lui reste à conquérir davantage d'auditeurs, même s'il est clair que le caractère très contradictoire de cette musique (intelligente sans prendre la tête, aux arrangements fastueux mais sans jamais verser dans la démonstration gratuite) n'est a priori pas un atout de choix.

 


ELBOW – The Seldom Seen Kid (Polydor, 2008)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Commenter cet article

D&D 09/07/2008 01:55

C'est vrai, j'avais oublié de te dire à mon second visionnage de ton Videodrome que le morceau d'Elbow m'évoquait vraiment Peter Gabriel, et pas seulement quant à la voix, en fait...Ton article me fait bien envie, d'autant que ce positionnement-là - et ses "contradictions" - m'intéresse assez : c'est plutôt périlleux. A suivre ;-)

Systool 09/07/2008 19:25


Ah oui, tiens, il me semble que la comparaison avec Peter Gabriel tient tout à fait la route! ;-)

J'espère en tout cas que ces contradictions te séduiront!


alf 10/06/2008 11:53

...ils sont en concert à Bxl (au Botanique) le 24 juin, mais malheureusement, c'est complet ;-/...

Systool 11/06/2008 10:34


Merci pour l'info... malgré tout!


SysTooL 09/06/2008 23:03

Drag : Je dois dire que j'aime bien aussi Leaders of the Free World... peut-être plus inégal, c'est vrai!

dragibus 09/06/2008 15:25

en tout cet album est bcp plus convaincant que le précédent "leaders of the free world", les titres sont plus accrocheurs, plus "fouillés"et je suis tout à fait d'accord c'est un des rares groupes de pop à produire une musique qui peut facilement ne sembler pas laisser de traces, être sans conséquences, mais une écoute plus attentive permet d'en apprécier les nuances

Dominique 04/06/2008 16:24

Il vaut mieux ça qu'un "j'aime moyen" général, enfin je crois que je serais plus satifait de ce genre de constat si c'était pour un de mes albums (reflexion que je me suis faite pour le post précedent donc).Rassure toi donc, ta mission a bien été remplie mon petit suisse :)Dominique

Systool 04/06/2008 18:25


;-)