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Depuis 2005, je vous expose mes passions en matière de musique, surtout rock et jazz, mais aussi mes coups de coeur cinéma et littéraires. Ce blog a une fonction de plate-forme afin que d'autres internautes partageant les mêmes centres d'intérêt (ou étant simplement curieux) puissent interagir. Bon surf, profitez bien et n'oubliez pas qu'un petit mot de votre part est toujours reçu agréablement...

 

 

 

Samedi 17 mai 6 17 /05 /Mai 00:00

Agé d'à peine 21 ans, Bret Easton Ellis a connu un succès littéraire foudroyant. Son premier roman, Moins que Zéro, décrivant la mollesse huppée, cocaïnée et hautement autobiographique d'un jeune universitaire dans le New Hampshire a soulevé un tollé général, mais aussi la certitude que l'on tenait là un auteur majeur de cette fin de siècle, impression confirmée par la sortie des Lois de l'Attraction deux ans plus tard. Au même titre que Jay McInerney, ami et concurrent, Ellis est placé au sommet de cette nouvelle génération d'écrivains américains aux pulsions nihilistes et destructrices, courant revisité par les Palahniuk et autres adeptes du trash. En 1991, c'est American Psycho (troisième roman, troisième adaptation cinéma) qui récolte une vague d'indignation et un concert de louanges. Il faut dire que le fait de suivre un yuppie serial killer dans ses frasques ultra-gores a de quoi rebuter n'importe quel amateur de sensations fortes, tant le propos est cru et insoutenable. Après Glamorama (1999) et un recueil de nouvelles, Zombies, Ellis remet les couverts avec un objet pour le moins curieux : Lunar Park, paru en 2005. Il s'agit, d'après ses propres dires, d'une autofiction, avec du vrai et du moins vrai. Il se moque de nous, quoi. Les cinquante premières pages sont l'occasion pour l'auteur de revenir sur ses années de succès et de débauche. Les tonnes de fric, les filles (et les mecs) à gogo, la dope, les tournées promotionnelles pendant lesquelles l'ami Ellis était souvent dans le coaltar. Le rêve américain, quoi! Mais tout arrogant qu'il est, l'écrivain sent que cela ne peut continuer ainsi. Il s'installe avec Jayne Dennis, actrice et premier vrai amour, ainsi que ses deux enfants Robby et Sarah, et va tenter de mener une vie rangée, loin des excès et des désirs libidineux. De la superficialité du riche célibataire mordu des soirées hype, il va se heurter à celle des couples nourris au Starbuck et dont les enfants sont tous sous Xanax. Mais ce n'est finalement qu'un début. Bien vite, la situation va commencer à déraper sérieusement.

 

 



Le mobilier se déplace, le chien de la maisonnée est bizarre et BEE remarque d'étranges traces de griffures sur le mur de sa luxueuse bicoque californienne. Sans compter qu'il reçoit des mails apparemment sans contenu, envoyés chaque nuit à 2h40 du matin, soit l'heure du décès de son père, individu autoritaire et impitoyable qu'Ellis a fui dès sa majorité pour aller squatter un campus de la côte est. D'un récit que l'on pourrait naïvement considérer comme autobiographique et « réel », on tombe dans un thriller à la Stephen King. Et lorsque le spectre de Patrick Bateman, le tueur en série d'American Psycho, semble faire surface dans la petite vie d'Ellis, ça sent le roussi, et pour de bon. L'auteur dévoile pour la première fois une facette nettement plus naturelle de sa personnalité. Malgré un auto-apitoiement parfois exagéré, il parvient à transmettre des émotions (et surtout des sentiments), alors qu'il se contentait dans les précédents romans de narrer la recherche de plaisirs interdits avec une sobriété qui nous laissait pantois. Lunar Park est une oeuvre conceptuellement intéressante parce qu'elle met en évidence les contradictions de l'homme et de l'écrivain Ellis, le premier vivant les aventures que le second semble créer au fur et à mesure. Le final, bluffant, montre un auteur parvenu à une maturité appréciable, un individu s'étant remis en question et essayant tant bien que mal d'aborder l'avenir avec lucidité.


On se demandait comment Bret Easton Ellis allait poursuivre son périple littéraire après Glamorama, qui représentait à plusieurs égards une fin de cycle, une énième variation sur le thème du bellâtre friqué. Il nous livre avec ce parc lunaire une oeuvre somme, une réflexion totale sur sa condition d'écrivain. Il me semble clair que la lecture de Lunar Park n'a que peu d'intérêt si l'on ignore le reste de sa bibliographie. Dans le cas contraire, cette autobiographie fictionnelle à la Dr Bret et Mr Easton ne fait que confirmer que nous tenons entre les mains le manifeste ultime (pour l'instant) du représentant le plus talentueux de la littérature américaine actuelle.


Bret Easton Ellis – Lunar Park

(disponible en poche aux éditions Pocket)


A LIRE EGALEMENT...


Une biographie de B. E. Ellis


L'article de Thom sur Lunar Park

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Par Systool - Communauté : Chronique de nos lectures
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