CHUCK PALAHNIUK : Peste (Denoël et d'Ailleurs)

Publié le par Systool

Buster Casey vient de Middleton, un bled paumé dans l'Amérique profonde. Déjà bambin, il montrait les signes d'un profond mal-être. Ses hobbies : confectionner des oeufs de Pâques à l'image de grenades et les planquer dans son jardin, puis attendre que son père passe la tondeuse, les écrase et fasse jaillir une odeur nauséabonde. Casey a également fait renaître le commerce à Middleton en organisant un curieux (et hilarant) troc de dents de lait. Mais l'ami Buster s'est surtout illustré par son attirance pour les bêbêtes telles que les serpents, dont les morsures lui procuraient un shoot similaire à celui que recherche un toxicomane. Accessoirement, Buster Casey a attrapé la rage et accessoirement, il l'a transmise à une flopée de donzelles de son patelin, ce qui a fait de lui l'un des plus grands tueurs en série de l'histoire de l'Amérique.


 

 


Chuck Palahniuk a toujours aimé dépeindre des figures quasi-mythiques, des êtres solitaires et décalés, comme ceci est le cas pour Survivant, qui mettait en scène un gourou gonflé aux stéroïdes, ou encore Choke, qui narrait les tribulations d'un loser accro au sexe s'étouffant exprès dans des restos chics et se faisant payer la note par les âmes charitables qui le sauvaient. Palahniuk se plaît à égratigner les poncifs de l'American Way of Life, décrivant un univers superficiel d'où surgit un être nihiliste et animé d'une formidable envie de bousculer les esprits. Le style de l'auteur de Fight Club est rêche, fait de phrases choc, sans concession et donnant parfois envie de vomir ou provoquant une syncope parmi les téméraires auditeurs qui viennent l'entendre lire ses sulfureux romans. Et oui, car le père Palahniuk est une institution. Révéré par les uns, honnis par les autres, il sillonne le pays à chacune de ses sorties littéraires, réalisant une tournée digne des ROLLING STONES. On a critiqué le fait que l'auteur originaire de l'Oregon recherche le scandale à tout prix, que ses romans soient tous axés sur le même principe : un concept provoquant (du sexe, de la violence et du mystique) et une conclusion qui prend le lecteur à revers. Du coup, il décide de réaliser quelque chose d'un peu différent avec Rant (en VF, Peste) : une biographie orale, à savoir une succession de témoignages – il y a une cinquantaine d'intervenants – au sujet de Buster Rant Casey. Ainsi, ses parents, ses amis, ses voisins ou encore des individus l'ayant à peine croisé se relaient pour narrer sa pittoresque histoire, de sa naissance à Middleton à son curieux épilogue. Comme Palahniuk nous informe en préambule, cela passe inévitablement par des approximations et même des contradictions. En fait, il s'agit tout simplement de la création d'une légende, contée par la vox populi plutôt que par un narrateur omniscient.


Et il faut avouer que les choses se présentent plutôt bien, Palahniuk nous livrant des pages jubilatoires lors de la première moitié du roman. Passé ce cap, on se retrouve dans un trip assez déroutant (c'est le cas de le dire, vous verrez) qui emprunte à MATRIX, MAD MAX et le Crash de J. G. Ballard. On opère une sorte de ségrégation où les individus sont classés comme diurnes et nocturnes, ces derniers étant des adeptes d'un concept élaboré d'auto-tamponneuses appelé crashing. Pas toujours palpitant.


Contre-culture underground, cynisme de tous les instants, virus comme armes de destruction massive et voyage dans l'espace-temps, Chucky nous balance un nouveau pavé sur le caillou avec sa verve habituelle, même si le fait de « citer » les différents témoins dilue fatalement l'acidité de sa plume. En attendant Snuff, son prochain méfait qui traitera de ces fameuses vidéos scabreuses (les snuff movies, donc), vous pouvez tranquillement vous attarder sur les interventions divines de Rant Casey. Mais attention, l'animal a la bave aux lèvres!


Chuck Palahniuk – Rant (Peste)

disponible en VF aux éditions Denoël et d'ailleurs

traduction d'Alain Defossé


A LIRE EGALEMENT...


Une bio de Chuck P

Publié dans Books

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

SysTooL 15/06/2008 21:38

Moskau : Des choix similaires aux miens, en somme, sauf que je mettrais CHOKE devant MONSTRES INVISIBLES... On dirait que les parutions plus récentes de Chuck font moins l'unanimité!

Moskau 15/06/2008 19:23

Une préférence pour Fight Club bien sûr, suivi par Survivant (dont j'attends aussi l'adaptation au ciné) et Monstres Invisibles.

SysTooL 15/06/2008 16:21

Moskau : Hello! Je dois dire, avec quelques semaines de recul, que PESTE ne m'a convaincu qu'à moitié! D'excellentes idées, mais aussi une sensation de fouillis assez déroutante... mais pas toujours dans le bon sens du terme! Quels sont les romans que tu as préféré de Palahniuk?

Moskau 15/06/2008 15:38

Inconditionnel de Palahniuk depuis 99 (date à laquelle Fight Club a été adapté par Fincher), je suis en pleine lecture de Peste. Encore un roman déroutant, malgrè quelques longueurs (j'en suis justement à ces fameux épisodes de Crashing)...

SysTooL 03/05/2008 14:09

Très bonne question, Syco! :-)Franchement, je dirais non. J'ai beaucoup aimé Survivant, moi aussi. En ce qui concerne Peste, la première moitié est très prenante, puis ça s'essouffle un peu dans la partie "crashing" (je l'ai brièvement esquissé dans mon article). La fin est un peu difficile à suivre et elle manque un peu de liant. En fait, Peste est intéressant parce qu'il est différent des autres romans de Palahniuk dans sa conception, mais ce n'est pas la première lecture que je conseillerais.