CYPRESS HILL : Black Sunday (chronique, 1993)

Publié le par Systool

CYPRESS HILL prévoit une fin de semaine plutôt sombre avec ce deuxième album succédant à l'éponyme de 1991. Ceci peut-être en raison de la journée de repos que les dealers de weed californiens prennent le dimanche... Quoi qu'il en soit, le succès de ce Black Sunday (plus de 3 millions d'albums vendus aux USA) est amplement mérité et a permis au trio latino de figurer parmi les formations de hip hop les plus influentes de la première moitié des années 90. Plus dark que les classiques How I could just kill a Man et Stoned is the Way of the Walk, les titres de ce LP regorgent de beats qui claquent, de sonorités lancinantes laissant un peu de côté les délires plus funky des débuts. Les rappeurs B-Real (Louis Freese) et Sen Dog (Senen Reyes) sont en forme, le premier ayant pitché sa voix nasillarde encore plus haut tandis que Sen s'est spécialisé dans les back ups avec sa voix de goret, même s'il nous livre quelques excellents couplets. Les textes traitent des deux sujets de prédilection de CYPRESS HILL : leurs truculentes histoires de gangsters et l'aspect récréatif de la consommation massive d'herbe. DJ Muggs (Lawrence Muggerud), quant à lui, nous régale avec ses samples tirés de sa jolie collection de vinyles, allant du funk au rock, en passant par le jazz.


 

 


Black Sunday débute avec I wanna get high, histoire de nous plonger directement dans l'ambiance enfumée du studio. On retrouve la voix de chinois contrarié de B-Real et les cuts répétitifs de Muggs, véritables marques de fabrique de CYPRESS. L'énergique I ain't goin' out like that prend le relais, suivi par Insane in the Brain, sur lequel les vocalistes jouent les neurologues en nous faisant part de l'atteinte de la membrane synaptique de leurs neurones qui ont dû virer au vert ganja (insane in the membrane!). Inutile de mentionner son sample équin hyperconnu qui n'est pas sans rappeler le Jump Around de HOUSE OF PAIN, produit quelques mois plus tôt par... DJ Muggs! Le trio poursuit sur ces bases, avec force basses rampantes (Lick a Shot), une touche de ragga (Cock the Hammer) et leur propagande en faveur du cannabis, notamment sur l'interlude Legalize it ou l'explicite Hits from the Bong, véritable invitation au voyage avec Air Jamaica. Ce dernier titre présente par ailleurs un sample de Son of a Preacher Man de Dusty Springfield qui montre combien le groupe ratisse large en matière d'influences puisque l'on retrouvera, au détour de Black Sunday, des reprises de James Brown, BLACK SABBATH (l'harmonica de I ain't goin' out like that) ou encore Joe Zawinul. CYPRESS HILL ont mis un point d'honneur, toute leur carrière durant, à collaborer avec des musiciens issus de milieux différents, comme la scène rock (FEAR FACTORY, RAGE AGAINST THE MACHINE, DEFTONES) et des barons du hip hop tels que OutKast ou GZA, cherchant constamment à renouveler leur son, avec une réussite variable, certes. Ils ont utilisé notamment une touche plus psychédélique et doom (Temples of Boom, 1995), du rap-metal (Skull & Bones, 2000) et du reggae (Till Death do us part, 2004).

 

 



Parmi les tracks qui concluent cet album épique, on citera A to the K, sur lequel Sen et B se relaient efficacement, Hand of the Glock, une resucée de Hand on the Pump présent sur l'album précédent, mais aussi l'orgue malicieux de What go around come around, Kid. Le son CYPRESS atteint une dimension moins enjouée avec Black Sunday et la formation poursuivra dans ce sens avec III : Temples of Boom, un album un peu glauque qui a reçu des critiques mitigées tant les membres semblent parfois forcer le trait jusqu'à la caricature. Mentionnons d'ailleurs la guéguerre (passagère) qui faisait rage à l'époque entre les trois latinos et ICE CUBE pour une sombre histoire de « copiage » et qui mena à des comportements stupides sur scène, lorsque B-Real et Sen Dog exhortaient la foule à insulter l'ancien membre de NWA qui le leur rendait bien. Black Sunday demeure quant à lui un condensé de violence digne d'une bande dessinée associée à l'humour potache de ses vocalistes, le tout en 14 titres essentiels qui ont assis durablement la réputation de CYPRESS HILL.

 

 


CYPRESS HILL – Black Sunday (Ruff House / Columbia, 1993)


Publié dans Hip Hop

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SysTooL 28/01/2009 09:44

Jumbo : Ah oui, un excellent titre... l'un de mes favoris aussi!

Jumbo 28/01/2009 00:35

Hmm je le réécoutais justement l'autre jour ! Mon morceau préféré est clairement I Ain't Goin' Out Like That, putain cette ambiance !

D 30/06/2008 00:49

C'est noté ;-)Une première écoute de IV n'a effectivement que faiblement retenu mon attention. Un achat de curiosité mal (a)visé !

Systool 30/06/2008 13:19


Ah ben tu sais sur lesquels il faudra tabler ;-)


D&D 26/06/2008 14:32

Hello doc' ;-)Incroyable mais vrai : je crois qu'il y a un album de Cypress Hill chez moi !Evidemment, tortue attitude oblige, je ne l'ai pas encore écouté... Je ne suis plus sûr de son titre : je crois que c'est "IV"... Pas du tout pour minorer, mais c'est assez rigolo, aussi, comme morceau, ce : "Insane in the membrane"... D'ailleurs, tu n'es pas triste toi-même lorsque tu en parles :-)

Systool 26/06/2008 18:26


Ah oui, bon... IV est sans doute l'un des plus mauvais album de CYPRESS! Black Sunday semble une meilleure... mise en bouche!


SysTooL 19/05/2008 22:44

Chtif : Enorme live, d'autant qu'ils faisaient tester leur plantation locale à des fans venus tirer le calumet de la paix sur scène et qui repartaient dans la fosse avec un air pour le moins hébété...