HERBIE HANCOCK : Herbie Potter and the Sorcerer's Tone (bio)

Publié le par Systool

Herbie Hancock est né le 12 avril 1940 à Chicago et après plus de quarante ans d’activité dans le milieu jazz, il est célébré comme l’un de ses représentants les plus éclectiques et talentueux, même s’il compte également de nombreux détracteurs. Mais finalement, n’est-ce pas l’apanage des génies?

 

 

Véritable enfant prodige - il joue, à 11 ans, un solo de piano lors d’un concerto de Mozart avec l’Orchestre symphonique de Chicago - Herbie Hancock débute dans le jazz avec Donald Byrd en 1961, avant d’enregistrer son premier album chez Blue Note. Takin’ Off nous montre déjà ses aptitudes phénoménales à composer des mélodies à la fois esthétiques, cérébrales et accessibles ; pour preuve Watermelon Man, l’un de ses titres passés à la postérité. En 1963, Hancock est engagé par le maître Miles Davis, qui l’aidera à développer sa musicalité mais, fait particulièrement marquant, sera à son tour passablement influencé par la texture sonore émanant du jeune garçon. Ils enregistreront Seven Steps to Heaven ensemble, puis le prometteur Herbie se consacrera à sa propre carrière, nous livrant les classiques que sont Empyrean Isles et surtout Maiden Voyage, peut-être l’apogée de sa discographie. Des harmonies sublimes et des envolées lyriques parsèment cet album fabuleux enregistré avec Ron Carter, le trompettiste Freddy Hubbard et le saxo George Coleman, qui étaient présents sur Seven Steps… également. Dolphin Dance, The Eye of the Hurricane ou encore le morceau-titre sont à ranger parmi les plus belles compositions de Hancock qui enchaîne en 1968 avec Speak like a Child, un album tout aussi réussi que son prédécesseur.

 

 

Cette année coïncide avec le départ du Miles Davis Quintet, Hancock se consacrant entièrement à sa musique après avoir assimilé avec brio les préceptes de son enseignant (on notera accessoirement qu’il a été viré par Davis sous pretexte d’être rentré en retard de sa lune de miel). Le pianiste composera dès lors la musique de plusieurs films, dont Blow Up d’Antonioni, avant de signer chez Warner Bros. et recomposer une toute nouvelle formation avec Bill Hart, Buster Williams, Eddie Henderson, Julian Priester et Bennie Maupin qui collaboreront sur les albums expérimentaux « Mwandishi » que sont Mwandishi, Crossing et Sextant. Ils contiennent un mélange d’instruments acoustiques et électroniques, Hancock se plaçant comme l’un des pionniers de la musique moderne : écoutez Rain Dance, Hornets et Ostinato, aux rythmes complexes et parsemées des sons révolutionnaires du clavier Moog de Herbie. N’oublions pas cependant que le pianiste a composé en 1969 la musique de la série TV de Bill Cosby intitulée Fat Albert Rotunda, un mix réjouissant de jazz et de funk.

 

Durant les années 70, Hancock s’oriente vers une musique plus accessible (certains diront « commerciale ») et nous livre en 1973 son autre chef-d’œuvre, Head Hunters, qui le voit accompagné de collaborateurs tout à fait différents, si ce n’est le survivant Maupin. L’album, tout en étant ancré sur des racines jazz, contient des rythmes groovy empruntés aux James Brown et autres Curtis Mayfield, comme le témoigne le titre d’ouverture, Chameleon. Head Hunters, de par ses couleurs multiples, deviendra l’un des albums de jazz les plus vendus et se doit d’être considéré comme une influence majeure du hip hop et de la soul. Thrust, son LP suivant, surfe sur cette même vague de succès, tandis que Man-Child et Secrets, très funk, se révèlent inférieurs.

 

 

Il est temps pour Herbie Hancock de revenir à ses anciennes amours : un jazz acoustique et plus traditionnel. Ce retour aux sources en compagnie des VSOP s’avérera un choix judicieux et marqué par la sortie des live VSOP : The Quintet et Live in Japan. Les incursions disco-funk qui suivront terniront néanmoins la réputation du musicien de Chicago qui relève la tête en 1980 avec Mr. Hands, dont le 4 AM avec le bassiste virtuose Jaco Pastorius (WEATHER REPORT) est l’un des points d’orgue. Le single Rockit, construit autour d’innovants « scratches » et disponible sur l’album Future Shock, fera beaucoup parler de Hancock, notamment sur MTV qui en diffuse le clip. Ces vingt dernières années voient l’alternance de sorties jazz qu’on qualifiera de traditionnelles (l’album tribut à Miles Davis, décédé en 1991) et d’albums plus modernes comme Future2Future avec Bill Laswell et Rob Swift de X-ECUTIONERS ou encore le dernier né Possibilities, qui contient des duos avec Sting, Christina Aguilera et Annie Lennox. N’oublions pas cependant que le pianiste a élargi son spectre musical en incluant des sonorités africaines, notamment sur Jazz Africa.

 

Il semble clair que le parcours de Herbie Hancock se révèle pour le moins sinueux au vu de la variété des styles qu’il a adopté et par conséquent les critiques qu’il a dû endurer, mais l’éclectisme de ses choix nous montre la richesse de la musique de ce XXème siècle qu’Hancock, malgré certaines idées discutables (et le port de lunettes parfois assez dégoûtantes), a su si brillamment cristalliser. Si vous souhaitez découvrir certaines de ses compositions les plus célèbres, l’acquisition de Maiden Voyage et Head Hunters est un point de départ idéal. Vous pourrez également jeter votre dévolu sur The Best of Herbie Hancock : The Hits ou The Essential, sans oublier le magnifique Herbie Hancock Box (4 CDs) pour une vue plus expansive.


 

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Félix 03/07/2006 00:05

Eclectique, oui. Mais surtout musicalement intelligent, comme le prouvent à l'évidence Maiden Voyage, Empyrean Isles, Takin' Off, Speak Like A Child et ses albums avec Miles.Un excellent pianiste rythmique. Lui, McCoy et Corea sont les grans influenceurs du piano jazz moderne — Bill Evans, c'est une autre dimension. On retrouve de ces trois chez Kenny Kirkland, par exemple.

Systool 03/07/2006 08:18

Hello Félix! Merci pour ces précisions... c'est toujours bien reçu ;-)

Moriganne 06/04/2006 19:09

Merci de ton soutien dans cette mauvais passe pour papa !! Gros bisous de Moriganne et Amitiés d'Honorius

Systool 07/04/2006 12:48

Je t'en prie, Moriganne! C'est tout naturel

nwman 04/04/2006 22:12

Yes, un mec génial. A ré-écouter  "watermelon" : un vrai style funky-jazz.
Des lingnes de basses aussi complètement invraissemblables mais qui trouve une totale cohérence avec les chercheurs de têtes !
=)

Systool 04/04/2006 22:50

Eh eh Nwman!!!!

barbara 03/04/2006 17:52

hello Systool!
je viens de lire ton com , merci! Et oui, je suis chanteuse et compositrice aussi! j'ai bossé avec un tas de gens, très différents d'ailleurs! je suis vraiment ravie que ça t'es plu! si tu veux écouter un petit panelle de ce que j'ai fait, va sur l'article: B. Lezmy, musique, discographie...tu auras un échantillons de tout ça. En plus, après, tu peux naviguer de page en page pour avoir plus de détails sur les groupes ou les gens avec lesquels j'ai bossé! Enfin, tout ça, seulement, si tu as le temps! Mais vu que tu as l'air d'être un passionné de musique, je suis certaine que tu vas t'éclater! alors, gros bisous à toi et pour ton blog! trop cool!
barbara

Systool 03/04/2006 18:00

OK Barbara! Merci, je passerai voir cela! :-D

clarinette 03/04/2006 15:44

Je suis loin d'être une spécialiste de Herbie Hancock, mais à une époque j'avais "Maiden voyage" en cassette. J'aimais beaucoup cette musique planante et "onirique"...Depuis, malheureusement, j'ai égaré la cassette...

Systool 03/04/2006 17:59

He he, Clarinette! Merci pour ton commentaire! Que te dire, sinon que tu pourrais te procurer à nouveau Maiden Voyage? ;-)