TOMAHAWK : Mit Gas (chronique, 2003)

Publié le par Systool

Le dernier titre de Mit Gas, intitulé Aktion 13F14, nous prodigue quelques conseils en matière de combat à mains nues avec en filigrane l'exhortation à être agressif et instinctif afin de mettre hors d'état de nuire son adversaire. L'écoute d'un album de rock n'est certainement pas comparable à un duel au clair de lune ou une quelconque stratégie militaire (Dieu merci!) mais TOMAHAWK possède sans aucun doute ces vertus en matière de musique abrasive et percutante. Le principe de la frappe chirurgicale, en somme : net, précis et sans bavures. Il faut dire que Mike Patton (ex-FAITH NO MORE et Mr. BUNGLE ; FANTOMAS, PEEPING TOM), Duane Denison (ex-JESUS LIZARD), Kevin Rutmanis (ex-MELVINS) et John Stanier (ex-HELMET ; BATTLES) ne sont pas nés de la dernière pluie, comme en témoignent les multiples caractères gras et soulignés ci-dessus. Après un premier album éponyme, sorte de journal de bord du tueur en série, les quatre larrons remettent une couche de rock sombre mâtiné d'influences sudistes, de quoi nous envoyer ad patres sans ménagement. A la différence du LP précédent, Duane Denison, magicien de la six cordes, est un peu plus discret, laissant à ses compères de la section rythmique le soin de gérer la plupart des intros, comme celle en 7/8 de Rotgut à en déglinguer un métronome. Mais ne nous méprenons pas : le guitariste grisonnant sait également faire parler la poudre, comme en témoignent les riffs ravageurs de Birdsong ou de Mayday et les arpèges flottants de Capt Midnight. La production est nettement plus clean que sur le premier album, enregistré dans une auge à cochon du Midwest. 

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Mike Patton élargit quelque peu sa palette vocale, n'hésitant pas à ressortir des refrains accrocheurs dignes de FAITH NO MORE (Rape this Day, When the Stars begin to fall) tandis que les musiciens naviguent même dans des contrées à la Mr. BUNGLE (le pont de You can't win, l'ambiance de Harelip), peut-être une manière de nous rappeler que TOMAHAWK a pris la relève et que l'espoir d'une reformation des deux groupes cultes est clairement obsolète. A noter, comme sur King for a Day... et Peeping Tom, une piste #7 (Desastre Natural) avec un chant « latin » (en l'occurrence espagnol), loin des syllabes vitupérantes de la langue de Shakespeare. La caractéristique majeure de TOMAHAWK – et de la discographie de Patton en général – est certainement la tension nerveuse, latente ou tout à fait explicite, qui guide les différents titres. Ainsi Harelip qui, après une énième démonstration de contortionnisme vocal durant le couplet, s'ouvre sur un refrain pour le moins cauchemardesque, vision d'horreur décrite ainsi :


I was aware all through the surgery
the people dancing, laughing all for me


De la chirurgie à coeur ouvert comme ça, on en redemande. Plus sérieusement, il serait stupide de croire que les aficionados de TOMAHAWK sont simplement des êtres masochistes qui aiment se faire malaxer les oreilles par quatre vicelards. Outre ses atmosphères ténébreuses, c'est surtout le caractère prenant et groovy du groupe à la machette qui peut plaire et en cela Mit Gas tient amplement ses promesses. Une première partie plus 'conventionnelle' (terme oh combien antinomique pour de tels musiciens), dans la veine du premier album de 2001, et une seconde qui explore des territoires plus expérimentaux, à l'image de l'instru Harlem Clowns et du final bruitiste de Aktion 13F14. A noter que, dans une volonté d'innovation constante, la formation de Denison optera pour une direction diamétralement opposée en ce qui concerne l'album suivant, Anonymous, qui est composé de chants traditionnels d'Indiens d'Amérique revisités à la sauce piquante par le quatuor. Une façon de bannir un terme omniprésent dans la musique actuelle : la certitude. 


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TOMAHAWK – Mit Gas (Ipecac Records, 2003)



A LIRE EGALEMENT...

 

sommaire Mike Patton



Live à Belfort 2003 (bonne qualité, en plus...) 
 

Mayday - Capt Midnight - Bird Song - When the Stars begin to fall - Rape this Day - Desastre Natural - Harelip

 

et même des titres du premier album...pourquoi se priver?

 



 

 
Le clip de « Rape this Day » (avec Nick Oliveri en guest)

 

Publié dans Rock

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Commenter cet article

Couille de loup 02/12/2007 18:16

Trop bien, tu repostes tous tes articles en lien avec les QOTSA?! aha h non mais c'est pour me faire revenir ou bien!!? j'déconne mais vive Nick Le Fighteur Fou (non non pas comme le groupe..)

Systool 02/12/2007 18:23

:-)

Mélie 26/11/2007 21:02

Ciao SysT :-DUn grand coucou au passage, je sais je manque à tous mes devoirs de fidèle lectrice depuis quelques temps ;-PSympa les derniers ajouts en tout cas !J'espère que ça joue pour toi et bon courage pour les exa' qui arrivent.Gros bisou.

Systool 27/11/2007 08:54

Coucou Mélie! Pas de soucis, il n'y a pas d'obligation ;-)A bientôt

Huhsh 26/11/2007 09:17

Hello Systool.Je ne sais pas si tu te souviens de moi mais on se croisait il ya quelques temps déjà sur les forums d'OB et sur nos blogs respectifs.J'espère que tu vas bien, et chapeau pour l'article sur tomahawk, très bien vu.Au plaisirHuhsh

Systool 26/11/2007 11:24

Ciao Huhsh! Bien entendu que je me souviens de toi (un nom pareil, déjà)! Je viens de passer chez toi pour admirer la nouvelle version de ton blog et je vois que tes goûts musicaux sont toujours excellents :-) A+

G.T. 25/11/2007 15:16

ça m'a l'air très bien tout ça... l'article donne vraiment envie, les titres en extrait ont l'air très bons...Je n'ai découvert Tomahawk que cette année, avec leur dernier album... j'ai donc du retard à rattraper, va falloir que je trouve leurs précédents !

Systool 25/11/2007 15:53

Ah ben il serait intéressant de découvrir les anciens titres, très différents de Anonymous

nyko 25/11/2007 12:45

pour ma part, Tomahawk est un des projets de Patton que j'aime le moins. J'aprécie mais sans plus.

Systool 25/11/2007 15:52

Oui, il faut dire qu'avec Patton, il y en a pour tout les goûts (c'est le cas de le dire, pour une fois)... TOMAHAWK est assez accessible par la structure des titres (comparé à FANTOMAS) mais conserve cette touche de bizarrerie que j'aime beaucoup!