Lewis Carroll : Les Aventures d'Alice au Pays des Merveilles

Publié le par Systool

Charles Lutwidge Dodgson a toujours été un féru de mathématiques : élève brillant à la Rugby School (là où un certain William Webb Ellis "inventa" le rugby), enseignant au collège de Christ Church et auteur de plusieurs ouvrages sur l'algèbre et Euclide, Dodgson fera de la logique (ou plutôt l'illogique) un pilier inaltérable de ses récits. On raconte que c'est en voguant sur le fleuve Isis, près d'Oxford, en compagnie de son ami Duckworth et des trois petites filles du Professeur Henry Liddell, doyen de la Christ Church, qu'il improvise ce qui deviendra Les Aventures d'Alice sous Terre. L'une des trois filles, Alice Liddell, pour laquelle il nourrit un amour (espère-t-on) platonique, lui demandera même une version manuscrite, ce que le révérend Dodgson s'empressera de rédiger et de lui offrir en 1864, non sans l'enrichir et la renommer, par la suite, Les Aventures d'Alice au Pays des Merveilles, sous le nom de Lewis Carroll et agrémenté des illustrations de John Tenniel. Ce conte fait partie, au même titre que ceux des Frères Grimm ou de Charles Perrault, de la vaste littérature destinée aux enfants et Carroll ne s'en est jamais défendu. Cependant, il faut bien avouer que son caractère atypique le place en marge de cette catégorie, tout comme l'adaptation de Disney (Clyde Geronimi, 1951), bien plus subversive que les SHREK et autres GANG DE REQUINS. Subversive parce que l'adulte n'est pas un exemple que l'on aimerait réellement suivre et parce que les choses ne se passent jamais comme on l'imagine.

Alice-Carroll.jpg

Alors qu'elle s'assoupit en compagnie de sa soeur, Alice voit apparaître un lapin blanc aux yeux roses qui détale à toute vitesse en s'exclamant qu'il est en retard. La suite, tout le monde la connait : la curieuse Alice entre dans le terrier, avale des liquides et mange des gâteaux qui lui font changer de taille et rencontre une ribambelle de personnages bizarres, dont une chenille rastafari, le chat du comté de Chester au sourire de décapsuleur, le chapelier fou et le lièvre de mars (timbré lui aussi), la reine monomaniaque qui veut couper la tête de tout le monde en jouant au croquet avec des hérissons comme boules, des flamands comme maillets et des cartes à jouer en guise d'arceaux. Son rêve se termine par un procès absurde où la sentence est prononcée avant la délibération et dont on peut trouver, avec un peu d'imagination, un étonnant hommage : The Wall de PINK FLOYD. Cette notion de symétrie ou d'inversion sera proposée dans une autre histoire d'Alice, De l'autre Côté du Miroir, où l'on doit faire les choses à l'envers pour atteindre un but. L'amour des mots représente également une composante essentielle de l'oeuvre de Carroll qui n'hésite pas à pasticher des comptines pour enfants ou tourner en ridicule des expressions populaires. Le bégaiement dont il était affublé a pu contribuer, par ailleurs, à sa propension à créer des mots-valises (assemblage de plusieurs mots pour n'en former qu'un). Enfin, la notion d'introspection et la mise en abyme font partie intégrante des Aventures d'Alice au Pays des Merveilles : la petite fille s'endort plusieurs fois, créant divers niveaux de narration, s'interroge sur son identité et s'étonne sans cesse de l'absurdité de la situation, ce à quoi le chat lui répondra :

Impossible de faire autrement ; nous sommes tous fous ici. Je suis fou. Tu es folle

Il est évident que l'univers parodique de Carroll, sans faire beaucoup d'émules parmi les auteurs pour enfants, a été une influence notable pour la culture populaire occidentale, comme on peut le constater par exemple en musique : le White Rabbit des psychédéliques JEFFERSON AIRPLANE, I am the Walrus des BEATLES ou encore l'album Eat me, Drink me de MARILYN MANSON. L'oeuvre carrollienne, qui compte également le récit poétique La Chasse au Snark et Jabberwocky, adapté au cinéma par Terry Gilliam, demeure un modèle d'onirisme et de non-sens qui dévoile une vision foisonnante de l'enfance et de la satire.


Lewis Carroll – Les Aventures d'Alice au Pays des Merveilles
(disponible en français aux éditions Folio)

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public administration dissertation 31/12/2009 13:45


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D&D 19/11/2007 18:49

Je commence à sortir la tête de l'eau. Je commence, chez toi, par cet article, avec bonheur : merci docteur !

Systool 19/11/2007 19:04

Content de te retrouver ici, D! :-) J'espère que tu as pu régler tes soucis! Enjoy!

Christian 13/11/2007 14:49

Chef d'oeuvre d'onirisme, d'absurde, d'humour noir, de poésie. Et plusieurs niveaux de narration, comme tu le dis, mais aussi de lecture, allant même pour ceux qui le souhaitent jusqu'à la perversité (cf. Gainsbourg par exemple)... Enfin chef d'oeuvre tout court de la littérature, à lire et à relire. Et à lire aussi de Lewis Carroll, la fabuleurs "Chasse au Snark", et le formidable "Logique sans peine ou Jeu de la logique", pour ne pas oublier que Lewis, en plus d'aimer les petites filles, était aussi un savoureux mathématicien qui ne manquait pas d'humour et de logique. Ah que j'aime Lewis Carroll !!!

Systool 13/11/2007 14:54

Hello Christian! Je te remercie pour ce commentaire d'un véritable amoureux de Carroll!

Sycophante 11/11/2007 21:50

J'avais étais surpris de voir l'influence de cet auteur jusque dans Matrix, avec la scène où Neo doit choisir s'il doit passer 'through the looking glass" ou pas, la pilule rouge ou bleu etc... Lewis Caroll et Alice, c'est un peu comme Platon et le mythe de la caverne, en plus contemporainl ! :)

Systool 11/11/2007 21:55

Oui, j'avais oublié l'influence de Carroll sur MATRIX et les pilules... il faut dire que je ne suis pas un inconditionnel de cette franchise... ;-) merci Syco

alf 10/11/2007 23:14

Carroll a ouvert des portes inouies et peut se lire à différents niveaux (et âges); un type aussi dérangant et original voire subversif qu'un Jonathan Swift par ex. merci de ns l'avoir rappelé

Systool 11/11/2007 14:18

Merci d'être passé, Alf!