TOOL : Aenima (chronique)

Publié le par Systool

L’association d’idées qui se crée spontanément dans ma tête quand je pense à TOOL est « extraterrestres ». Ce groupe de rock californien a, depuis ses débuts, en 1991, composé une musique qu’on qualifiera de particulière, possédant une structure « scientifique » digne de KING CRIMSON et le mystique de LED ZEPPELIN, soient deux pachydermes du rock des 70s. Aenima, fer de lance de la bande de Maynard James Keenan, voit le jour en 1996. Avant cela, TOOL nous a pondu un EP agressif mais plus conventionnel (Opiate) et un premier album aux longues plages torturées (Undertow) qui présageait déjà de l’orientation actuelle du groupe.

 

La construction de Aenima mérite quelques mots d’introduction, dans la mesure où elle est tout sauf banale. Sur les 15 pistes qui composent l’album, on a 6 intermèdes, généralement assez brefs et répétitifs. Les neuf autres morceaux, intercalés entre ces breaks, se révèlent des pièces majestueuses entre 4 et 13 minutes, dont la structure alambiquée requiert une écoute répétitive et intense, le tout donnant une impression vertigineuse de montagnes russes.

 

 

Stinkfist ouvre les débats avec la ligne de basse de Justin Chancellor, nouvel arrivé après le départ de Paul d’Amour. Vient ensuite le riff tordu d’Adam Jones. Keenan oscille sans cesse entre des couplets mélodieux aux textes abscons et des refrains nettement plus puissants. La plage instrumentale centrale et de toute beauté, au même titre que l’intermède digne de RAGE AGAINST THE MACHINE. Eulogy débute dans la plus pure tradition « progressive » : l’ajout au fur et à mesure de différents instruments (percussions, basse, effets, guitares samplées) débouche sur le couplet déclamé par un Keenan vindicatif à la voix mégaphonée. Comme souvent dans Aenima, la structure classique couplet-refrain implose après le deuxième tour et on se dirige alors en terrain inconnu, basé sur des intermèdes multiples et variés où les musiciens, spécialement le batteur Danny Carey, laissent parler leur instrument avec justesse et talent. Quant à Maynard, il nous gratifie de lignes tour à tour rageuses et apaisées. Ce superbe opus de 8 minutes se révèle une des pièces maîtresses de l’album.

 

Le troisième morceau, H, alterne des couplets aux arpèges mélodieux mais néanmoins sous tension et un refrain magnifique, émouvant et puissant. Les textes, comme d’habitude plutôt obscurs, nous immergent dans une atmosphère très spéciale. Ecouter un album de TOOL n’est pas une partie de plaisir. C’est plutôt un long voyage, torturé et semé d’embûches, mais en même temps fascinant et jamais monotone. Les thématiques philosophiques et parfois franchement ésotériques peuvent cependant laisser des auditeurs dubitatifs.

 

Après le bref intermède Useful Idiot, on a droit à un Forty-Six & 2 prenant. La basse sinueuse de Chancellor nous dessine un riff qui sera repris – de différentes manières - durant tout le morceau. Les textes aux références jungiennes de Keenan n’ont pas fini de lasser les fans qui émettent sans relâche des interprétations sur des sites spécialisés.

 

Après ce titre éreintant, un petit intermède pour souffler : Message to Harry Manback, soit l’enregistrement sur une boîte vocale d’un visiteur rancunier de l'ancien colocataire de Keenan… le tout sur fond de piano délicat. Un clin d’œil aux détracteurs du groupe qui considèrent ses membres trop sérieux et « intellos ». On enchaîne sur l’agressif Hooker with a Penis, le titre le plus "direct" mais qui recèle des trouvailles fantastiques.

 

 

Suit un intermède à l’orgue de barbarie dont la mélodie se mue subitement en un riff qui ouvre le prochain titre, Jimmy, mastodonte sabbathien ponctué par un couplet dégagé et la voix sublime de Keenan, qui retrace probablement ses années d’enfance. L’interlude suivant est assez dérangeant : des bruits indus et des percussions mécaniques accompagnent la voix d’un certain Marko Fox qui nous décrit dans la langue de Goethe la recette pour préparer les « Œufs de Satan », sorte de biscuits au haschisch.

 

Pushit, l’opus suivant, est une longue pièce de 10 minutes qui débute avec un lick bourdonnant de Jones et la ligne mélodieuse de Keenan. Après le traditionnel couplet-refrain-couplet-refrain, le groupe nous assène une série de plages instrumentales et vocales qui nous plongent dans un état proche de la suffocation, avant la délivrance finale, lyrique et emphatique.

 

Aenima, le morceau-titre, est également un excellent exemple de la maîtrise des quatre larrons et de leur propension unique à créer des atmosphères, phénomène bien rare dans le milieu du metal. La guitare de Jones fait des miracles, comme d’habitude : on passe en un rien de temps de riffs massifs à des licks dignes de PINK FLOYD. Quant à Danny Carey, il martèle ses fûts comme un damné, non sans une grande précision qui nous rappelle John Bonham (LED ZEPPELIN). Maynard James Keenan, lancé dans une critique acerbe du milieu hype de Los Angeles, est enragé, mais se laisse également aller à des lignes de chant apaisées, réclamant l’apocalypse salvatrice.

 

Le plat de résistance de Aenima est en réalité le dernier titre : Third Eye. Il s’agit ici de recréer une ambiance psychédélique et sombre. Une introduction de Bill Hicks, un humoriste américain acide et engagé (d’ailleurs décédé quelques mois avant la sortie de Aenima) est suivie d’une lente progression musicale, faite de licks destructurés et du rythme inlassable de Carey. Third Eye, du point de vue structurel, est sans doute le titre le plus intéressant de l’album : une dizaine de parties nous sont jouées, avec la particularité d’être toutes reprises deux fois, mais dans un ordre disparate. Bluffant ! Ce titre monstrueux (13 minutes), véritable chef d’œuvre expérimental, clôt en beauté cet album fabuleux.

 

Les substantifs manquent pour décrire l’inventivité et le talent des membres de TOOL. De plus, l’épaisse nappe de mystère qui recouvre leur musique et les paroles ne fait que donner davantage de profondeur à cette œuvre complexe et cérébrale. Un disque à ne pas mettre entre toutes les mains, mais qui, s’il trouve preneur, se placera d’emblée comme un « album de chevet » qui vous poursuivra durant de longues années sans que vous vous en lassiez. 

RESPECT THE ARCHITECT!!!


 
TOOL – Aenima (1996, Volcano Recordings)



A LIRE EGALEMENT...

- la bio de TOOL si vous vous sentez perdu

- un petit tour sur le Site Officiel du groupe (www.toolband.com)

- un site semi-officiel : TDN (toolshed.down.net)
 

Publié dans Metal - Hardcore

Commenter cet article

mitaboula 29/08/2006 21:21

Tool...Bon ptit groupe, tres sympa... A découvrir aussi, le projet parallele de Maynard James Keenan, A Perfect circle...Sublime, The Thirteenth Step à découvrir en premier ! Formation de reve... Billy Howerdel (NIN, Smashing Pumpkins, Guns and roses, Tool), Maynard James Keenan (Tool), le batteur de MM Jeordie White, James Iha (ex-Smashing Pumpkins)... Que du bon !!! A écouter absolument... Avec Maynard au chant...Magnifique... Surtout The Noose ou Pet...

Systool 30/08/2006 11:48

Hello! Bien sûr, A PERFECT CIRCLE est très sympa... J'aime beaucoup le premier album... dommage qu'ils aient arrêté ;-)

Mélusine 20/03/2006 19:22

Coucou Systool !!!Oh la la !!!!!!! Mais voila une excellente brochette d'artistes !!! Je ne mentirais pas en disant que jes les apprécie TOUS !!!!Très bonne sélection dis-donc :DAllez, je te souhaite une excellente semaine et un bon début de printemps ;)Bisous bisous !

Systool 20/03/2006 19:44

Hello Mélu! :-DMerci du comm, posté à un endroit différent de ce dont tu parles, non? ;-)

Clochette 17/03/2006 14:21

Coucou!!!
En effet, ca, c'est du lourd!!! ;-)
Bon week-end a toi,
gros bisous
Clochette

Systool 17/03/2006 17:58

Coucou Clochette!!! Merci du comm... oui TOOL ça plaisante pas... ;-)

tamara 17/03/2006 11:10

tout à fait d'accord avec les 5 étoiles!!

Systool 17/03/2006 11:42

Tami? Je savais pas que tu écoutais TOOL!!!

Delph 16/03/2006 18:12

toujours un super blog...
continues!

Systool 16/03/2006 19:11

Coucou Delph! Merci