DILLINGER ESCAPE PLAN : Irony is a dead Scene EP (chronique, 2002)

Publié le par Systool

John Dillinger jouit d'une réputation quasi-mythique pour ceux qui se souviennent encore de lui... ce braqueur de banques ayant sévi durant les années 30 a gagné ses galons de légende en usant de pirouettes délicates pour enjamber le comptoir et de stratagèmes ingénieux pour échapper à la police. Les metalheadz du New Jersey DILLINGER ESCAPE PLAN ont ainsi nommé leur formation en honneur à ce voleur des grands chemins, ce Robin des Bois moderne. De là à dire qu'ils font preuve d'une habilité extrême pour dérober nos précieux deniers grâce à leurs albums, il y a un pas que je ne franchirai pas, même si certains journalistes ont saisi la perche en affublant DEP du titre de « groupe le plus dangereux de la planète ». Il faut dire que ces secoués du bocal font du bruit, et pas qu'un peu. Une écoute distraite de leur musique ne manquera pas de susciter de vives réactions de dégoût ou pire, d'indignation. Et pourtant, derrière cet imposant mur du son se cachent une technique notable et un sens de la construction qui ne dépareilleraient pas dans un ensemble de jazz. Il est vrai que le chanteur Dimitri Minakakis, présent sur le premier album, Calculating Infinity, a une voix quelque peu monotone et malgré la qualité manifeste de ce LP, on sentait qu'il manquait quelque chose. Ca tombe bien, il quitte le groupe en 2001. En attendant un substitut stable et plus versatile, qu'ils trouveront en Greg Puciato, DILLINGER ESCAPE PLAN enregistrent un EP de 4 titres avec une sommité du rock expérimental, l'inénarrable Mike Patton. Ce Irony is a dead Scene naît donc sous les meilleurs auspices : l'alliance de musiciens inventifs, brutaux et d'un chanteur dont la créativité n'a d'égale que l'excentricité.

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Musicalement, DEP sont toujours impressionnants de fureur (Hollywood Squares), même s'ils pondèrent davantage leurs attaques, à l'image de l'introduction de Pig Latin, une stratégie qu'ils emploieront également pour l'album suivant, Miss Machine. A raison, puisque le contraste est certainement une excellente option pour faire ressortir les parties plus agressives, plutôt que de nous asséner sans discontinuer 120 Db dans les tympans. Difficile de décrire de manière satisfaisante le boulot des pentatoniques Ben Weinman et Brian Benoit, les deux gratteux qui exposent leurs riffs tentaculaires sans nous laisser souffler. De mèche avec la section rythmique formée par Chris Pennie et le nouveau venu Liam Wilson, ils créent 18 minutes d'assauts hardcore frénétiques nous réduisant à l'état larvaire. Comme si cela ne suffisait pas, l'ami Patton vient nous mettre quelques baffes lui aussi en piochant allègrement dans son répertoire. Bien entendu, tout y passe : il bredouille, chuchote, hurle, crie, gueule... les substantifs sont si futiles! La multipolaire When good Dogs do bad Things est sans doute l'exemple le plus judicieux d'une musique tantôt furibonde, tantôt apaisée, mais contenant toujours cette dose de tension essentielle, à l'instar du fabuleux palm mute au mitan du titre. DILLINGER ESCAPE PLAN, pas rancuniers pour un sou, comptent sur la contribution de Adam Doll, leur ancien bassiste, pour créer quelques effets électroniques qui viennent ajouter une ambiance surréelle, comme cela est le cas sur la reprise inégale du Come to Daddy de APHEX TWINS, quatrième et dernière piste de cet EP.

La présence de Mike Patton est une bénédiction puisque la formation du New Jersey trouve un vocaliste à la mesure de son talent. Cette collaboration a été bénéfique également parce que les musiciens ont su conserver cette diversité qui manquait cruellement sur leurs travaux antérieurs mais qui est manifeste sur Miss Machine, paru deux ans plus tard. Greg Puciato, le bodybuildé de service, s'inspirera largement des schémas de Patton, tout en nous gratifiant de ses percées les plus gutturales. Aussi court soit-il, Irony is a dead Scene représente en tout cas l'élément-charnière de la discographie de DILLINGER ESCAPE PLAN, pour un prix à peine inférieur aux long play. Le syndrome John Dillinger, en somme.


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DILLINGER ESCAPE PLAN – Irony is a dead Scene EP (2002, Epitaph Records)
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une chronique de Miss Machine (2004) et Plagiarism EP (2006)





 
Ze making of Irony is a dead Scene

 

 

 

Publié dans Metal - Hardcore

Commenter cet article

SysTooL 27/11/2007 12:01

Fredo : C'est clair que DEP ne facilitent pas les choses... ça peut vite être insupportable, quand on aime pas la musique bruyante! Merci de ton courage pour y avoir prêté l'oreille, Fredo, et j'espère que ça plaira à Toniol!

Fredogino 27/11/2007 10:15

Ah quand c'est trop violent j'ai du mal... Mais ça devrait plaire à mon pote Toniol.

Tietie007 01/11/2007 18:07

Dillinger est mort !

Systool 01/11/2007 18:30

Oui, l'ironie aussi, hein? ;-)

john 29/10/2007 06:56

Excellent EP. Belle rencontre ...

Systool 29/10/2007 13:18

Tu l'as dit, John (Dillinger)! :-)