Charles Bukowski : Journal d'un vieux dégueulasse

Publié le par Systool

Franchement, quel est l'intérêt de lire Bukowski? Ce type n'a de cesse de nous raconter, avec son style débridé et bordélique, ses pseudo-aventures qui se limitent, la plupart du temps à je pose une pêche, je biberonne ma bière, je baise, je fais rien, je refais caca, je vomis, je m'endors. Le bien nommé Journal d'un vieux dégueulasse n'est pas si différent d'un autre bouquin ayant fait l'objet d'un article par ici, les (nouveaux) Contes de la Folie ordinaire. Et pourtant, à chaque fois, c'est un plaisir renouvelé, premièrement parce que ce gaillard ne savait peut-être pas faire grand chose à part se mettre des mines, mais il savait écrire comme personne. Il y a un aspect forcément tragique dans ses récits, mais le plus souvent on ne peut s'empêcher de rire aux éclats. Voyez vous-mêmes : dans ce journal, vous trouverez, pêle-mêle, un joueur de baseball trop doué aux yeux de certains et qui se retrouve avec des moignons à la place des paluches, une femme de 55 ans avec un corps de 18 ans qui se promène dans la rue en culotte rose parce que son mari lui confisque toutes ses fringues pour ne pas qu'elle sorte, un type qui se réveille avec la figure violette et des tâches jaunes, sans oublier les hauts lieux de perdition que Buk décrit avec truculence : toilettes où un coup de matraque sur le crâne n'est jamais très loin, hippodromes, arènes de boxe, patelins paumés et turnes miteuses qu'il loue et dont il se fait virer à coups de pied au derrière avant la fin de la semaine. Ces chroniques sont surtout l'occasion de passer quelques pages en compagnie de ce bout-en-train de Hank-Henry-Charles Bukowski, nihiliste et blasé au possible, même si certaines idées politiques surgissent de temps à autre :


Je n'ai pas vocation à prêcher l'action et l'engagement comme l'a fait Camus (relisez ses essais), car la majeure partie de l'humanité me donne fondamentalement envie de vomir. La seule chose qui pourrait nous sauver serait d'inventer un concept, celui d'une Universelle et Vibratoire Education, qui engloberait de façon constructive le goût du bonheur, le sens de la réalité et la nécessité du changement mais qui ne profiterait qu'à nos petits-enfants, à condition qu'ils n'aient pas été, dans l'intervalle, assassinés. Mais ils le seront.


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Essayé, pas pu, en somme. L'autre aspect fondamental chez Bukowski, c'est : langue de bois, connais pas. L'ami ne se gêne pas pour critiquer les éditeurs, mais aussi certains auteurs révérés comme Burroughs (une pédale molle et un abominable lêcheur de verrues) ou encore Faulkner (un petit tas de nullité). Son insoumission à l'establishment explique d'ailleurs que Buk a constamment vécu comme un clodo, comme un paria, ne se pliant jamais au jeu des maisons d'édition. Avec la gueule de bois de la veille, c'est également plus difficile d'aller lire ses textes face à des universitaires. Sous ses airs nihilistes et ronchons, Buk demeure un individu qui, en dehors du fait d'avoir un sens de l'humour certain, fait preuve d'élans de tendresse ou d'espoir, si petits soient-ils, dans cet univers rongé par la corruption et la folie de ses concitoyens. Et en cela, Bukowski est tout simplement essentiel.


Charles Bukowski – Journal d'un vieux dégueulasse

(Notes of a dirty old Man, 1969)

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Chtif 03/12/2007 00:56

ola Mr Sys, ça faisait un bail que j'avais pas posé de commentaires, je reviens petit à petit. ceci dit, heureusement qu'il y a la fontion newsletter, ça m'a permis de me tenir au courant de ce que tu tramais ! bon, sinon, pour Bukowski, je sais pas si j'avais déjà signalé ici l'excellent film-docu " Born into this", que je te conseille plusque chaleureusementà +

Systool 03/12/2007 09:58

Hello Chtif! Oui, les newsletters ont du bon ;-)Je suis très heureux de voir que tu republies enfin de nouveaux articles. Je crois que tu as battu le record d'absence, là, mais ton retour n'en est que plus réjouissant! J'espère que tu as pu régler tes prérogatives personnelles, s'il s'agissait de cela! On en reparlera...Et pour Buk, oui, je crois que tu avais cité ce film dans les commentaires de mon autre article sur l'auteur américain, Les nouveaux Contes de la Folie ordinaire...

David 31/10/2007 13:34

Oui, j'aime beaucoup aussi Fantômas, System of a down, Lowry, etc...Du coup, je vais pouvoir découvrir ce que je ne connaissais pas sur ton site. Il y a de bonnes chances que ça me plaise...Et hop! dans mes liens! :-)

Systool 31/10/2007 14:56

Ah ben il y a de quoi faire par ici, dans ce cas ;-)

David 27/10/2007 14:13

Dans la famille Fante, il y a aussi le fils, Dan, qui est très très bon. Des romans sur l'enfer de l'alcoolisme. Beaucoup d'humour et un grand sens de la formule...Sympa ton site, sinon, j'ai l'impression d'avoir pas mal de gouts en commun.

Systool 27/10/2007 15:25

Hello David et bienvenu par ici! Je suis heureux de voir que nous avons des goûts communs ;-) Merci pour l'autre Fante...

carole 24/10/2007 12:18

Procure les toi car Fante c'est du pur bonheur...

Systool 24/10/2007 12:57

;-)

carole 22/10/2007 21:43

je suis fan! je crois bien avoir presque tout lu mais ça remonte à loin. j'ai eu une grosse période Fante et Bukowski il y a bien 20 ans! A plus!

Systool 23/10/2007 13:07

Hello Carole! Décidément, tu m'étonneras toujours... il faudra d'ailleurs que je me procure les classiques de Fante!