LESTER BANGS : La Mythologie rock te fascine? Pas de problème, laisse faire Bangs!

Publié le par Systool

Le journalisme rock n’a souvent été qu’un amas d’inepties convenues et serviles destiné à lécher les bottes de musiciens par l’entremise de maisons de disque omnipotentes, et ce d’autant plus ces dernières années où le mercantilisme au détriment de la qualité atteint son paroxysme. Heureusement, il est un scribouillard qui a su, avec style et humour, nous dépeindre des galettes rock au vitriol. On peut douter de son impartialité, on peut être agacé par ses phrases interminables sans queue ni tête, mais on ne peut contester le fait que LESTER BANGS soit l’un des rock critics les plus marquants et doués qui aient existé. Ce bonhomme aura eu la vie courte (né en 1948, il meurt 33 ans plus tard d’une overdose de médics), mais son phrasé assassin et son écriture proche des auteurs de la Beat Generation tels que Kerouac et Burroughs ont fait le bonheur – ou le malheur, c’est selon – des magazines Rolling Stone, Creem et avant tout Village Voice.

 

Ce grand admirateur de jazz (et plus particulièrement Miles Davis et Charles Mingus), se lance dans le journalisme rock alors que Rolling Stone recherche des chroniqueurs. Sa propension à tirer à boulets rouges sur des artistes confirmés le fait remarquer dans ce milieu même si Bangs ne parvient jamais à atteindre l’objectif qu’il caresse en vérité, celui de devenir un grand écrivain, à l’image de Bukowski, puisque selon Bangs lui-même, un maquereau est à peine mieux qu’un critique de rock. Néanmoins, sa plume acérée dans la veine de Hunter S. Thompson, l’autre grand journaliste musical « gonzo » (celui qui a commis le livre LAS VEGAS PARANO) en fait aujourd’hui un auteur révéré que tout fan de rock se doit de connaître.

 

 

 

Il serait pour le moins fastidieux de commander tous les magazines où l’on trouve des critiques du Sieur Bangs, c’est pourquoi Anchor Press a répertorié son œuvre dans deux recueils qui ont été soigneusement compilés par certains de ses amis. Les éditions françaises Tristram se sont chargées de la version française de Psychotic Reactions et autres Carburateurs flingués ainsi que de Fêtes sanglantes et mauvais Goût. Je prendrai le second volume pour vous illustrer cela, dans la mesure où il s’agit du plus récent et que c’est celui que j’ai lu.

 

Après l’introduction de John Morthland, un collègue et néanmoins ami de Bangs, ça démarre avec des réflexions sur les gun-shots de Warhol et Bob Kennedy, ainsi que les tribulations sexuelles de l’intéressé. Puis, enfin des critiques! Bangs descend sans sommation les MC5, les BEATLES, ceux qui ont, selon lui, le plus mal enduré la lassitude et le déclin des années 70 (avec une description hilarante de chacun d’entre eux), Emerson Lake et Palmer, Bob Dylan (dont Bangs décortique avec causticité Joey, longue ballade de Desire). J’en passe et des meilleurs…

Il ne faudrait cependant pas croire que l’ami Lester n’avait d’autres occupations que de cracher son venin sur des rockeurs. Il appréciait beaucoup Captain Beefheart, les Stones ainsi que les Stooges, de même que Patti Smith, Lou Reed et Brian Eno. Mais il savait surtout reconsidérer un artiste selon la qualité d’un album donné, sans l’ériger bêtement sur un piédestal ou le trainer dans la fange sans raison. Juger la musique ET la personne, ce qui l’amène à détruire certains mythes tels que la position de « poète chaman » de Jim Morrison ou encore les tendances satanistes de BLACK SABBATH, dont ils se sont d’ailleurs toujours défendus !!!

 

Ainsi, il écrit dans l’article consacré au chanteur des DOORS :

 

 

…Ce mythe repoussant auquel nous persistons à croire, et qui veut que les artistes constituent une sorte de race à part, donc qu’ils ont le droit de pisser sur ma femme, de vous flanquer par la fenêtre, de saccager la baraque, et plus généralement de faire tout ce qu’ils veulent.

 

 

Empêcheur de tourner en rond, Bangs est aussi le créateur du terme musical « punk », qu’il utilise souvent dans ses critiques pour décrire ces jeunes débraillés et énervés dont il n’appréciait que peu l’attitude nihiliste, si l’on excepte les CLASH.

 

 

 

Fils spirituel du Greenwich Village de New York où il s’installe après une enfance passée en Californie, Bangs n’a de cesse de sillonner les routes avec des groupes en tournée (voir le navrant Presque Célèbre de Cameron Crowe) ou de faire quelques voyages sympathiques : on retrouve en effet dans Fêtes sanglantes et mauvais Goût son périple en Jamaïque où il retrouvera Bob Marley, sorte de Van Damme rastafari ; Bangs se fend également d’une critique socio-culturelle de ce pays délabré après le départ des Anglais, le tout avec beaucoup de cynisme (lucidité ?) et d’humour. Citons encore l’excellente interview imaginaire – au paradis ! - de Jimi Hendrix.

 

La dernière partie du recueil, Railleries, Radotages et Ramponneaux, comprend quelques coups de gueule bien sentis ainsi que des textes inédits, parmi lesquels Tous mes amis sont des ermites, son roman inachevé. Enfin, faisons une mention spéciale à Jean-Luc Mourlon, traducteur de la version française qui a relevé le pari difficile de transposer dans la langue de Molière les nombreuses trouvailles syntaxiques sorties tout droit du cerveau en ébullition de Bangs. Rappelons d’ailleurs que, par souci d’objectivité (?), le recueil a été revu par Philippe Manœuvre, l’un des critiques de rock les plus valides de l’Hexagone.

Au-delà de sa verve adolescente et de son attitude rock ‘n roll, Bangs a su injecter dans ses textes des réflexions profondes et sensées, des concepts incendiaires et parfois moraux qui immolent le grand cirque du rock.

 

Vous pourrez le nier tant que vous voudrez, écrit-il en 1981, mais aucun ou presque des groupes qu’on a proposés au public ces dernières années ne peut se comparer aux meilleurs de l’époque des sixties. Et ce n’est pas simple nostalgie – il suffit de les écouter côte à côte et de noter la relative absence de passion, de chaleur et d’engagement même des meilleurs de ceux d’aujourd’hui.

 

Le bouquin est disponible. Vous savez quoi faire.

 

LESTER BANGS – Fêtes sanglantes et mauvais Goût, Editions Tristram (version française), 2005, 494 pages

Achetez-le sur Amazon!

 

Publié dans Music Books

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Commenter cet article

SysTooL 13/07/2008 22:55

Merci pour ton passage, Hélène! A bientôt!

hélène 13/07/2008 19:32

Un site que je viens tout juste de découvrir (qui était enfoui dans ems favoris de google et que j'ai pris le temps de découvrir aujourd'hui). J'aime le style de Bang, le plus génial, inventif, marant et original dans ses écrits jpense.j'aime beaucoup ton site, il y a vraiment de très bons articles!!bonne continuation!bye

Chtif 30/08/2006 14:18

"punk", ça signifie en gros "sans valeur", "déchet", ou par extension "clodo" ou "petit voyou" à la base... Un terme qui collait pas mal à ce nouveau mouvement à la mi-70's

Chtif 30/08/2006 00:15

juste une ou deux remarques histoire de faire un peu le chieur (bôô, ça m'arrive pas souvent, enfin, j'espère pas !)Je suis pas sûr que Lester Bangs soit à l'origine du mot punk, je dirais plutôt que c'est "Legs McNeil", fondateur du magazine "Punk" (et auteur de "Please  kill me", justement...).tiens, d'ailleurs je viens de dégôter une interview qui soutient la même chose, mais bon, ça reste à confirmer...http://musique.france2.fr/actu/19167935-fr.php?page=6Et sinon, l'autre chose, c'est que  Manoeuvre, je ne peux plus le supporter maintenant !Bye Systool

Systool 30/08/2006 11:52

Hello Chtif... Ah je ne sais pas pour le mot "punk". Je sais que Bangs l'a pas mal utilisé pour parler de ces groupes, mais maintenant, qui est le premier à l'avoir fait...MerciNB : Manoeuvre s'y croit un peu...

Alex la baronne 22/08/2006 17:06

"La critique est l'art des médiocres" disent certains. L'esprit brillant de Lester Bangs semble infirmer cette sentence (je ne connais que peu le personnage) et en tout cas, ta biographie le concernant m'a donné très envie de me procurer le livre !
@ + !

Systool 22/08/2006 18:24

Je te le conseille chaudement... j'essaye toujours de mettre la main sur le premier volume, tant j'ai adoré Fêtes sanglantes, mais c'est sans succès jusqu'à présent, snif...A+ Alex