Jorge Luis Borges : biographie

Publié le par Systool

Jorge Francisco Isidoro Luis Borges Acevedo naît à Buenos Aires, en 1899, d'un père avocat anglo-hispano-portugais et d'une mère uruguayenne. Ses origines éparses et le fait d'avoir vécu dans des pays comme les Etats-Unis, la Suisse ou la cosmopolite capitale argentine représentent d'ailleurs des éléments essentiels de la diversité que Borges a voulu exprimer dans ses récits. Talent précoce, le petit Borges écrit son premier texte à 7 ans et traduit du Wilde à 9 ans, tandis que d'autres distinguent à peine le bouton A du B sur la manette de leur console de jeu. Alors qu'il est âgé de 15 ans, Jorge Luis émigre à Genève avec toute sa famille : son père, frappé par le glaucome dont il souffrira également, souhaite consulter un ophtalmologue de renom, ce qui permettra à Borges de fréquenter une école francophone et d'obtenir l'équivalent du baccalauréat en 1918. Ils passeront les années suivantes dans le canton du Tessin et en Espagne, où Jorge Luis Borges devient un membre éminent du mouvement littéraire ultraïste. Assez proches des surréalistes français et voulant rompre avec l'hégémonie du Modernisme, les fugaces Ultraïstes affectionnent un symbolisme marqué qui se caractérise par des phrases concises et l'absence de sentimentalisme, à mille lieues des tournures emberlificotées des modernistes. De retour en Argentine, Borges publie ses premiers poèmes et essais qu'on retrouve dans Ferveur de Buenos Aires (1923) et collabore à des revues littéraires telles que Martin Fierro, Fur ou encore Critica. Employé à la bibliothèque municipale de la ville dès 1937, Borges explicite d'emblée la description qu'il fera de sa vie : j'ai vécu peu, j'ai lu beaucoup. Le décès de son père quelques mois plus tard et un accident domestique (attention aux rebords de fenêtre!) qui manquera le faire périr d'une infection généralisée sont deux événements marquants qui coïncident avec l'apparition du Jardin aux sentiers qui bifurquent, son oeuvre la plus fameuse, lançant l'auteur dans un genre qui lui vaudra une renommée internationale : la nouvelle fictionnelle. A l'instar d'Edgar Allan Poe, Borges excelle dans ce domaine où il fait montre de son génie de conteur, menant le lecteur en bâteau, multipliant les pistes pour ne dévoiler le fin mot de l'histoire que dans les dernières lignes (et encore...), alors même que des indices ont été disséminés dès le début. Cette science invétérée de la construction lui permet de figurer parmi les auteurs majeurs du XXème siècle, au même titre que Joyce ou Nabokov, dont il partage certaines caractéristiques, notamment son amour des mots, l'étalage de son érudition... et le fait de ne pas avoir obtenu de Prix Nobel.

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Le recueil Fictions comprend en vérité deux parties : Le Jardin aux Sentiers qui bifurquent et Artifices. Parmi les nouvelles qui les composent, on citera L'Approche d'Almotasim et Pierre Ménard, auteur du Quichotte, à savoir des critiques de romans fictifs, mais aussi Tlön Uqbar Orbis Tertius, ou la description d'un monde dont le narrateur apprend l'existence dans une encyclopédie. Dans La Bibliothèque de Babel, Borges imagine un bâtiment infini contenant tous les romans possibles de 410 pages. La Loterie de Babylone est quant à elle une parabole du hasard. Dans Thème du Traître et du Héros, la réalité est subordonnée à la fiction et devient ainsi la représentation d'une pièce de théâtre. L'oeuvre borgesienne recèle, comme celle de Nabokov, des univers parallèles dont les limites avec la réalité sont floues, des labyrinthes temporels illustrés par ce fameux Jardin aux sentiers qui bifurquent, entre faux-semblants et mystifications.

En 1946, Juan Peron accède au pouvoir, ce qui vaudra à Borges une éviction sans sommation de son poste à la Bibliothèque, pour avoir critiqué avec trop de véhémence les régimes totalitaires, même si les accointances politiques de Borges n'ont jamais été très claires.


Les dictatures fomentent l'oppression, les dictatures fomentent la servilité, les dictatures fomentent la cruauté ; encore plus abominable est le fait qu'elles fomentent la stupidité.


En 1949 paraît L'Aleph (terme hébreu et symbole de l'unité), autre recueil de nouvelles qui naviguent dans un univers où la métaphysique prend une part prépondérante : existences doubles, voyages dans le temps (L'Immortel), réinterprétation de légendes (La demeure d'Astérion)... Borges nous signifie que tout événement d'une vie a été vécu par d'innombrables personnes avant nous.

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Après la chute des Péronistes en 1955, Borges est nommé Directeur de la Bibliothèque Nationale et obtient un poste de professeur de littérature à l'université de Buenos Aires. A cette époque, le glaucome aura raison de sa vue (les inhibiteurs de l'anhydrase carbonique ne sont pas encore sur le marché...) et c'est uniquement en apprenant par coeur ses textes et avec l'aide de sa mère que Borges pourra poursuivre à la fois sa profession d'enseignant et d'écrivain. Il reçoit un nombre mirobolant de prix (Formentor, Alfonso Reyes) et de distinctions (Commendatore en Italie, Légion d'Honneur française, Chevalier de l'Empire britannique), voyage aux quatre coins du monde - Europe, Etats-Unis, Israël et Amérique du Sud - accompagné par Maria Kodama, qui deviendra sa femme et héritera des biens de l'auteur, polémique dont on parle encore. La bibliographie de Borges n'est pas en reste : de nombreux essais comme Enquêtes ou Discussions où l'on discerne l'humour et la modestie de l'auteur, mais aussi Le Livre des Etres imaginaires (encyclopédie des animaux imaginés à travers les âges) et Le Rapport de Brodie, des contes situés essentiellement à Buenos Aires et relatant de sombres histoires de vengeance et des duels au couteau entre gauchos (Histoire de Rosendo Juarez, La Rencontre), mais aussi une relecture biblique (L'Evangile selon St Marc) et la description d'une peuplade « dégénérée » dans la nouvelle éponyme.

Le Livre de Sable, paru quelques années plus tard, comprend treize nouvelles ayant le plus souvent pour sujet une rencontre unique entre deux êtres auparavant inconnus. Le narrateur émet parfois des doutes quant à la véracité de cette rencontre (La Nuit des Dons) qui tient occasionnellement du surnaturel puisqu'on assiste à une collision de deux espace-temps, notamment dans L'Autre, où Borges rencontre lui-même étant plus jeune, ainsi que dans Utopie d'un homme qui est fatigué. On retrouve également des correspondances entre différentes « short stories », comme pour Le Miroir et le Masque et UNDR. Le Livre de Sable contient de nombreux objets symboliques et récurrents chez Borges : un livre infini, un disque à une seule face, le miroir... Enfin, on notera l'hommage à H.P. Lovecraft, pastiché dans There are more Things.

Jorge Luis Borges décède en 1986, à Genève, où il repose au cimetière des Rois (Plainpalais). Traducteur infatigable de ceux qui l'ont énormément influencé (Poe, Whitman, Chesterton, Kipling), essayiste et poète brillant, conteur érudit qui aborda avec un talent inégalé le mystique et l'inconsistance du temps, Borges fait partie des auteurs essentiels du siècle dernier, père spirituel de Garcia Marquez, Eco ou encore Pamuk qui, par son oeuvre foisonnante et labyrinthique, laisse une sensation vertigineuse d'infini.

 

 

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Un écrivain qui écrit 18/02/2008 11:47

Sébastien Cauchois vous livre son enfance après des années de maltraitance. Il vous livre son vécu poignant, se libère, s'exprime et vous emporte dans un monde hors du commun, proche de la barbarie. Il vous y dévoile ses plus grands secrets. A vous, simplement d'accepter le pacte de départ pour entrer dans une vie aux périples multiples. Peut être arriverez-vous à vous reconnaître dans cette oeuvre?Venez découvrir son oeuvre sur thebookedition.com (A quelques pas de l'enfance)merci de votre collaboration

Systool 18/02/2008 21:04

Avis aux amateurs! :-)

D&D 20/09/2007 22:37

Et bien voilà, c'est corrigé... Ce que je peux être D&Distrait parfois quand même ! ;-)

Systool 21/09/2007 07:41

Non, mais c'était très bien ;-)

D&D 20/09/2007 18:40

Un petit bonjour en repassant... J'ai enfin pu faire un lien vers ton blog depuis le mien... J'espère que mes rebaptisations potaches ne te déséspèrent pas trop  :-)

Systool 20/09/2007 19:32

Sympas, les termes que tu as utilisé pour la description de mon blog... même si j'aurais préféré "musique" que simplement rock, étant donné qu'il y a aussi des chros jazz et hip hop... mais c'est vrai que c'est majoritairement rock :-)

Fredogino 18/09/2007 17:57

OK mon pb de newslettre est réglé. Je me réinscris chez toi. Enfin, j'y étais?...

Systool 18/09/2007 20:35

Oui, tu y étais, mais bon, tu as raison de te ré-inscrire... ;-)

D&D 18/09/2007 11:30

Moi aussi, je me répète. Tu viens encore d'ajouter une belle couche à ma liste de découvertes nécessaires... Et on article est vraiment beau... Comme d'hab, quoi !... Heureusement que j'ai d'autres défauts que l'envie, sans quoi je te détesterais ;-)

Systool 18/09/2007 20:35

Bah D&D... ça me fait plaisir de lire que tu aies apprécié l'article... :-)