FANTOMAS : The Director's Cut (chronique, 2001)

Publié le par Systool

Jamais à court d'idée, l'immortel Mike Patton a marqué de sa griffe acérée la musique extrême (et pas seulement) de ces quinze dernières années. Evoluant dans FAITH NO MORE et Mr. BUNGLE, il a repoussé les limites du rock dur et de la fusion, puis a créé son propre label, Ipecac, qui lui permet de signer à loisir des formations ambitieuses (ISIS, DALEK, KID 606), d'anciennes gloires fatiguées des grosses maisons de production (MELVINS) et surtout d'exposer ses travaux dans des bands aussi hétéroclites que TOMAHAWK (rock aux influences sudistes), PEEPING TOM (plus electro-pop) et FANTOMAS, laboratoire ultime de sonorités zarbi dignes d'un asile psychiatrique. Le premier album, Amenaza al Mundo, avait abasourdi la communauté rock par ses 30 coups de couteau assénés à bout portant dans nos esgourdes intrépides. Il faut bien avouer que le fait de compter Buzz Osborne (guitariste touffu de MELVINS), Trevor Dunn (bassiste farfelu de Mr. BUNGLE) et Dave Lombardo (batteur couillu de SLAYER) représente déjà un avantage. La voix phénoménale de Patton, qui peut passer en un clin d'oeil d'un beuglement d'ours mal léché à des cris stridents et dont la tessiture lui permet de singer des voix de femmes, d'enfants, de basses, barytons, ténor et sopranos, en est un autre. La technique ne fait pas tout, me direz-vous. Effectivement, vous répondrai-je. Si Mike Patton avait l'inventivité de LINKIN PARK et prenait aussi peu de risques que GOOD CHARLOTTE, je n'en parlerais pas.

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Dave, Mike, Trev' et Buzz : quand t'as une tête pareille, pas étonnant que personne ne te prenne en stop...

 

En fanatique des films noirs (spécialement des années 50-70), le Californien se dit qu'il pourrait être fun de reprendre à sa manière les thèmes musicaux de classiques tels que Le Parrain, Cape Fear, La Malédiction, Rosemary's Baby, Twin Peaks ou encore Henry : Portrait d'un Serial Killer dont la bande originale a été composée par la crème du Tiramisù : Mancini, Rota, Morricone, Barry, Badalamenti... Programme alléchant, n'est-ce pas? D'autant que FANTOMAS parvient à capter toute la noirceur de ces thèmes et à en livrer une vision qui représente à la fois un hommage et une relecture pour le moins originale. On retrouve constamment, intercalées entre des breaks de guitare furieux et la rythmique monstrueuse de Lombardo, les mélodies indélébiles de ces monuments du cinéma américain. Quant à Patton, il nous gratifie d'une prestation qu'il est malaisé de décrire, tant le bougre nous fait montre de toute l'étendue de son talent : une voix inquiétante, entre cris et chuchotements, sifflements et chant clair. Ce Director's Cut a l'avantage, par rapport aux autres albums de FANTOMAS, d'être plus carré dans sa structure et de présenter des paroles compréhensibles, tandis que Amenaza al Mundo (1998) ou Suspended Animation (2005) se composent davantage d'une séquence frénétique de riffs et de borborygmes inintelligibles. Mais ne vous méprenez pas, le fait que Director's Cut soit l'album le plus accessible du bonhomme vert n'empêche pas qu'il soit l'un des disques les plus bizarres que vous aurez jamais entendu de votre vie. Si cela n'est pas le cas, voici mon adresse e-mail (ici) où vous pouvez m'envoyer vos références plus malsaines. La bizarrerie ne fait pas tout, me direz-vous. Effectivement, vous répondrai-je. Si Patton et ses potes se contentaient de péter dans un micro juste pour être alternatifs, je n'en parlerais pas. Le chaos et la folie, aussi curieux que cela puisse paraître, s'organisent. Du moins, en musique. Et en cela, Patton est tout simplement un génie.


Après ces commentaires élogieux, les descriptions s'avèrent pour le moins superflues, mais on citera malgré tout quelques-unes des idées brillantes parsemant The Director's Cut : l'alternance ahurissante de lyrisme et de barbarie sur The Godfather, la variété du chant sur Experiment in Terror et Rosemary's Baby, la conclusion hystérique de One Step Beyond, avec bruitages de phoques à la clé, le riff glaçant de Cape Fear, la métamorphose progressive du son de batterie sur Spider Baby ou encore la wah-wah délirante sur Vendetta et Investigation of a Citizen above Suspicion, deux titres qui possèdent un sens du groove plus que rafraichissant. Il existe deux mots commençant par « con » que FANTOMAS ne possède pas dans son dictionnaire : concession et conformité. Que certains en prennent de la graine.


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FANTOMAS – The Director's Cut (2001, Ipecac Recordings)
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le site officiel d'Ipecac

 

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Publié dans Metal - Hardcore

Commenter cet article

D&D 01/02/2008 02:03

Cet article m'avait donné l'envie de découvrir Fantomas, et tu m'y as plus qu'aidé. Merci donc officiellement, ici, pour tout ça.Je n'en apprécie que davantage cet article : il est super ton article, doc !A part ça, je te souhaite plein d'énergie puisque j'ai compris que tu arrives au bout de la phase la plus rude de la semaine.Alors : un week-end bien mérité à l'horizon ? C'est demain soir, l'horizon ?Good Night &... you know ;-)

Systool 01/02/2008 19:44

J'apprécie que l'article te plaise, D!La semaine est effectivement sur le point de se terminer, je dois checker encore quelques trucs mais comme tu vois, over-blog n'est plus très loin... Allez, je vais tâcher de profiter de ces deux jours de week-end :-)Encore merci pour le mot, D, super sympa de ta part

tietie007 10/10/2007 14:26

Tu oublies Michel Legrand et ses Moulins, Georges Delerue et le thème de Camille ainsi que François de Roubaix et son thème du Vieux Fusil !

Systool 10/10/2007 15:01

Euh, oui... Je doute que Patton connaisse ces thèmes musicaux...

G.T. 22/09/2007 18:44

J'ai moi aussi un peu de mal avec Delirium Corda, l'album que je visais plus particulièrement quand je parlais de "fumisterie"....

Systool 22/09/2007 19:01

Oui, exact...

Silicate 22/09/2007 16:14

Pas plus tard qu'hier, je me regardais les clips du Godfather et de Cape Fear ! ^^

Systool 22/09/2007 17:18

Yes Sili! :-)

G.T. 16/09/2007 13:43

J'adore aussi Mike Patton... mais je suis parfois partagé sur les albumsde fantomas. Mes impressions vont et vienent entre "Ce type est fou et génial" et "C'est du grand n'importe quoi et une grosse fumisterie". Mais il est vrai, comme tu le dis, que ce director's cut est plus accessible et cohérent que les autres Fantomas...

Systool 16/09/2007 13:49

Pour ma part, je suis un peu un inconditionnel de FANTOMAS... enfin, pas tout à fait. J'adore "The Director's Cut" mais aussi le premier et "Suspended Animation", soient 30 pistes ultra-courtes et expérimentales... mais j'ai de la peine avec "Delirium Cordia"... que je considère comme du n'importe quoi... On verra dans quoi vont se lancer les musiciens pour le prochain...A suivre (vendredi) : le dernier Public Enemy (merci à toi d'ailleurs)