Vendredi 7 septembre 2007
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Jamais à court d'idée, l'immortel Mike Patton a marqué de sa griffe acérée la musique extrême (et pas seulement) de ces
quinze dernières années. Evoluant dans FAITH NO MORE et Mr. BUNGLE, il a repoussé les limites du rock dur et de la fusion, puis a créé son propre label, Ipecac,
qui lui permet de signer à loisir des formations ambitieuses (ISIS, DALEK, KID 606), d'anciennes gloires fatiguées des grosses maisons de production
(MELVINS) et surtout d'exposer ses travaux dans des bands aussi hétéroclites que TOMAHAWK (rock aux influences sudistes), PEEPING
TOM (plus electro-pop) et FANTOMAS, laboratoire ultime de sonorités zarbi dignes d'un asile psychiatrique. Le premier album, Amenaza al Mundo, avait
abasourdi la communauté rock par ses 30 coups de couteau assénés à bout portant dans nos esgourdes intrépides. Il faut bien avouer que le fait de compter Buzz Osborne (guitariste
touffu de MELVINS), Trevor Dunn (bassiste farfelu de Mr. BUNGLE) et Dave Lombardo (batteur couillu de SLAYER) représente déjà
un avantage. La voix phénoménale de Patton, qui peut passer en un clin d'oeil d'un beuglement d'ours mal léché à des cris stridents et dont la tessiture lui permet de singer des voix de femmes,
d'enfants, de basses, barytons, ténor et sopranos, en est un autre. La technique ne fait pas tout, me direz-vous. Effectivement, vous répondrai-je. Si Mike Patton avait l'inventivité de
LINKIN PARK et prenait aussi peu de risques que GOOD CHARLOTTE, je n'en parlerais pas.
Dave, Mike, Trev' et Buzz : quand t'as une tête pareille, pas étonnant que personne ne te prenne en
stop...
En fanatique des films noirs (spécialement des années 50-70), le Californien se dit qu'il pourrait être fun de reprendre à sa manière
les thèmes musicaux de classiques tels que Le Parrain, Cape Fear, La Malédiction, Rosemary's Baby, Twin Peaks
ou encore Henry : Portrait d'un Serial Killer dont la bande originale a été composée par la crème du Tiramisù : Mancini, Rota, Morricone, Barry, Badalamenti... Programme
alléchant, n'est-ce pas? D'autant que FANTOMAS parvient à capter toute la noirceur de ces thèmes et à en livrer une vision qui représente à la fois un hommage et une relecture
pour le moins originale. On retrouve constamment, intercalées entre des breaks de guitare furieux et la rythmique monstrueuse de Lombardo, les mélodies indélébiles de ces monuments du cinéma
américain. Quant à Patton, il nous gratifie d'une prestation qu'il est malaisé de décrire, tant le bougre nous fait montre de toute l'étendue de son talent : une voix inquiétante, entre cris et
chuchotements, sifflements et chant clair. Ce Director's Cut a l'avantage, par rapport aux autres albums de FANTOMAS, d'être plus carré dans sa structure et de
présenter des paroles compréhensibles, tandis que Amenaza al Mundo (1998) ou Suspended Animation (2005) se composent davantage d'une séquence frénétique de riffs
et de borborygmes inintelligibles. Mais ne vous méprenez pas, le fait que Director's Cut soit l'album le plus accessible du bonhomme vert n'empêche pas qu'il soit l'un des
disques les plus bizarres que vous aurez jamais entendu de votre vie. Si cela n'est pas le cas, voici mon adresse e-mail (ici) où vous pouvez
m'envoyer vos références plus malsaines. La bizarrerie ne fait pas tout, me direz-vous. Effectivement, vous répondrai-je. Si Patton et ses potes se contentaient de péter dans un micro juste pour
être alternatifs, je n'en parlerais pas. Le chaos et la folie, aussi curieux que cela puisse paraître, s'organisent. Du moins, en musique. Et en cela, Patton est tout simplement un génie.
Après ces commentaires élogieux, les descriptions s'avèrent pour le moins superflues, mais on citera malgré tout quelques-unes des idées
brillantes parsemant The Director's Cut : l'alternance ahurissante de lyrisme et de barbarie sur The Godfather, la variété du chant sur Experiment in Terror
et Rosemary's Baby, la conclusion hystérique de One Step Beyond, avec bruitages de phoques à la clé, le riff glaçant de Cape
Fear, la métamorphose progressive du son de batterie sur Spider Baby ou encore la wah-wah délirante
sur Vendetta et Investigation of a Citizen above Suspicion, deux titres qui possèdent un sens
du groove plus que rafraichissant. Il existe deux mots commençant par « con » que FANTOMAS ne possède pas dans son dictionnaire : concession et conformité. Que certains en prennent de la graine.
FANTOMAS – The Director's Cut (2001, Ipecac Recordings)
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