Mercredi 22 août
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Mieux vaut tard que jamais. Sorti il y a quasiment trois mois, le dernier album de THE NATIONAL trouve enfin un espace sur
Le Gueusif. On avait quitté la formation de Matt Berninger avec l'excellent Alligator, qui confirmait tout le bien que l'on pensait de ces
joyeux drilles à mi-chemin entre Leonard Cohen et MIDLAKE. Signés sur le brillant label de rock indé Beggars Banquet, qui compte dans ses rangs rien de moins que Mark Lanegan ou les Tindersticks,
les Américains originaires de l'Ohio reviennent avec un album qui ne surprendra certainement pas ses fans, mais qui se place comme l'une des grandes réussites de l'année. Boxer,
mené par la voix de baryton de Berninger, égrène 12 rounds aux atmosphères nostalgiques et aux arrangements aussi subtils que classieux.
Dès les premières notes de Fake Empire, on est séduit par le ton déclamatoire du chanteur, accompagné par les frères
Devendorf et Dressner (tout en famille) qui tissent une mélodie sourde et entêtante, avant que la batterie ne fasse son entrée tout en contre-temps. Le premier
single, Mistaken for Strangers, renoue avec les amours plus électriques de THE NATIONAL : la batterie obsédante de Bryan Devendorf
tient toujours le haut du pavé, tandis que le refrain n'est pas sans rappeler INTERPOL. Brainy est introduite par des harmoniques essoufflées et des ambiances quasi
new-wave ; Berninger, toujours impérial, nous conte ses vicissitudes avec une femme aussi impalpable que futée, réminiscences des grands crooners que sont Tom Waits ou
Cohen. A l'instar d'un ARCADE FIRE, le quintette a opté pour des arrangements classiques sur certains titres comme Squalor Victoria ou encore Racing
like a Pro, mais sans que cela prenne une tournure grandiloquante. La musique sert essentiellement à accompagner le propos du vocaliste, restant discrète et s'aventurant rarement durant plus
de 4 mesures sans la voix de Berninger. On notera également la présence de Sufjan Stevens, multi-instrumentiste de talent, qui vient donner un coup de main au piano, notamment
sur Slow Show et Ada.
Durant toute la durée de Boxer, on est entraîné par les paroles désabusées du chanteur qui font preuve d'une magnifique
cohésion et qui, à l'image du refrain de Fake Empire, nous invitent dans son empire factice, fait de réveils brumeux, de rencontres improbables et de désillusions cuisantes. On retrouve
en filigrane cette sensation de ne jamais être là où il faut (Green Gloves), d'être perdu, à l'abandon. Il ne s'agit clairement pas d'un album à écouter de façon aléatoire, en faisant un
jogging, mais plutôt au coin d'un feu, calmement, du début à la fin. Comme le dit si bien l'ami Berninger dans Start a War,
do you really think you can just put it in a safe behind a painting, lock it up and leave?
Non, Boxer nécessite sans aucun doute une attention de tous les instants, afin de s'immerger pleinement dans les méandres
hypnotiques des cordes, le rythme galopant de la batterie et les poèmes alcoolisés de son barde. Lorsque l'album s'achève avec Gospel, énième complainte déchirante de tristesse, on sait
que THE NATIONAL nous a encore gâté avec un album à l'âpreté des matins qui ne chantent pas, au
désespoir dont on s'abreuve pour mieux avancer.
The National – Boxer (Beggars Banquet, 2007)
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