DEXTER : Sinistre dextérité (Série TV)

Publié le par Systool

La thématique du tueur en série a été abordée ad nauseam dans les romans (et les films) policiers, pour la simple et bonne raison que ce type d'intrigue requiert souvent la survenue d'un meurtre et que bon, le serial killer, il en commet par définition beaucoup, sans compter l'attrait malsain pour ces personnages méthodiques et compulsifs dont on donne souvent une représentation quasi-artistique des méfaits. Quel intérêt, me direz-vous, de parler aujourd'hui de DEXTER, série télévisée américaine dont la première saison vient de se terminer sur Canal+? Ce fameux Dexter Morgan, interprété par le talentueux Michael C. Hall, que l'on a pu apprécier dans les cinq saisons de SIX FEET UNDER, est un expert en projections de sang à la Crim' de Miami. Ca sent furieusement une énième TV Serie où on suit des gars capables de retrouver une bagnole grâce à une trace de pneus sur une route goudronnée et qui manient aussi bien la génétique médicale que la galvanoplastie et l'entomologie. Et bien non! Hormis le premier épisode de cette série où on nous en met plein la vue avec la reconstitution d'une scène de crime à partir de ces fameuses projections sanglantes, le propos est plutôt sobre de ce point de vue. DEXTER présente un attrait certain parce qu'il met en scène ce Dr Jekyll et Mr Hyde, Dexter Morgan, qui bosse à la police de Miami le jour et qui, la nuit, traque et élimine des criminels qui sont passés entre les gouttes de la justice. Drôle de redresseur de torts qui cache le fruit de ses occupations nocturnes dans des lames de microscope contenant le sang de ses victimes. On remarquera plusieurs clins d'oeil à l'univers de Bret Easton Ellis et il faut bien dire que Dexter présente certains points communs avec Patrick Bateman – le yuppie serial killer de AMERICAN PSYCHO – comme cette insensibilité et sa difficulté à se conformer aux préoccupations des autres. En somme, tout (bon) psychiatre diagnostiquera chez lui un trouble de la personnalité schizoïde, ce dont son père adoptif (James Remar) s'aperçoit bien vite. Ce dernier, comme on le voit dans les nombreux flash-backs, va modeler le caractère de ce fiston pas comme les autres afin de canaliser ses pulsions nihilistes.

 

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promis, Dex, on la ferme (gloups)


On est tenté de dire que tout va pour le mieux pour Dexter, jusqu'au jour où une série de meurtres étranges vient troubler la brigade criminelle de la ville floridienne, dont font partie Debra Morgan (Jennifer Carpenter), sa soeur, ainsi que Angel Batista (David Zayas), un latino qui a plus d'une similitude avec Charles Mingus. Non content de mettre Dexter au chômage technique, dans la mesure où ses crimes ne provoquent aucune effusion de sang, le mystérieux tueur égrène des éléments qui font penser qu'il est au courant du terrible secret que détient notre antihéros. Les deux protagonistes vont dès lors s'adonner à un petit jeu qui constitue l'intrigue essentielle de ces 12 épisodes tirés du roman Darkly Dreaming Dexter (Ce cher Dexter) de Jeff Lindsay. On notera que la deuxième saison se basera non pas sur Dearly Devoted Dexter (Dexter revient), la suite de Lindsay, mais sur un scénario original. Il existe quelques différences entre le roman et l'adaptation sur petit écran, dont la plus notable est l'absence, dans la série, de cette voix intérieure qui guide Dexter, ce Dark Passenger, qui le fait passer à l'acte et qui sommeille, une fois assouvie sa frénésie meurtrière. Plusieurs personnages secondaires ont par ailleurs été développés (sa copine Rita, Angel et ses déboires) ou ajoutés pour la version petit écran : le psychiatre Meridian ou le couple réglant à sa manière le problème de l'immigration clandestine. Il faut dire aussi qu'une adaptation fidèle du roman aurait tenu dans un film de deux heures... Enfin, la conclusion TV a été passablement modifiée et laisse moins de place au suspense pour ce qui est de l'identité du tueur, par contre, elle présente l'avantage d'être moins tirée par les cheveux. Hormis le caractère clairement non politically correct du personnage principal, on appréciera le ton de la série qui évite la plupart du temps les scènes gore dont elle aurait pu regorger, pour nous donner plutôt une froideur clinique qui contraste fortement avec la moiteur de Miami et les mandolines de la bande-son...

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DEXTER
USA – 2006 à ?
réalisé par James Manos Jr
d'après un roman de Jeff Lindsey
avec Michael C. Hall, Jennifer Carpenter, Julie Benz

 

Publié dans TV Series

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SysTooL 03/05/2009 20:52

Dasola : C'est vrai qu'ils sont allés chercher une drôle d'idée avec DEXTER... disons que les séries où il est question de "morale" ont fleuri ces dernières années... je pense aussi à BREAKING BAD - un physicien cancéreux qui deale de la drogue pour se payer sa chimio! :-)

dasola 03/05/2009 20:47

Bonsoir, j'ai vu la série sur C+. Je ne connaissais pas le concept de la série et j'ai été scotchée sur mon fauteuil dès le départ. Arriver à passionner des téléspectateurs avec un sérial killer comme héros "gentil", il faut le faire. Les scénaristes américains sont vraiment géniaux. Bonne soirée.

SysTooL 27/02/2009 10:41

Je t'en prie!

eelsoliver 26/02/2009 18:51

merci Systool de me recommander cette adresse: je vais aller voir ça!

SysTooL 26/02/2009 14:37

Oui, j'en suis à la moitié (je traîne un peu)... par contre tu trouveras une excellente chronique sur Playlist Society, un blog dans mes liens, à droite...