Henry Miller : Tropique du Capricorne

Publié le par Systool

La vie de Henry Miller est déjà un roman. Né à Manhattan, en 1891, de parents d'origine allemande, Miller traine dans les quartiers de Brooklyn, suit un parcours scolaire en dents de scie et vit de petits boulots, avant de partir pour Paris au début des années 30 où il fait la manche et dort sous les ponts. Des amis tels que Anaïs Nin ou Alfred Perlès l'aident cependant à trouver du travail et surtout à publier son premier vrai roman, Tropique du Cancer. Henry Miller obtient rapidement une réputation d'écrivain underground, porté aux nues en Europe mais censuré aux Etats-Unis pendant près de trente ans en raison de ses écrits jugés scabreux qui contribueront massivement à une émancipation de la sexualité, tant au niveau purement artistique que légal. De retour en Amérique – plus précisément à Big Sur (Californie) – après avoir mis un point final à son Tropique du Capricorne (1939), Miller continue à griffonner d'arrache-pied (la Trilogie Plexus-Nexus-Sexus, notamment) avant d'abandonner l'écriture dans les années 60 et de se consacrer à la peinture. Il décède en 1980, après une retraite digne d'un ascète à Pacific Palisades, désormais paradis doré des stars hollywoodiennes.


Considéré comme l'un des inspirateurs de la Beat Generation et comptant George Orwell ou encore Samuel Beckett parmi ses adeptes, Henry Miller a surtout renouvelé le processus littéraire classique, maniant tour à tour le récit fictionnel et l'autobiographie, glissant également des digressions philosophiques ou personnelles parfois difficiles à suivre, monologues intérieurs décrits généralement sous le nom de courant de conscience (stream of consciousness), un procédé utilisé pour la première fois par Ovide dans ses Métamorphoses et que Edgar Allan Poe, William Faulkner ou encore James Joyce affectionnent également. En outre, Miller parsème ses romans de pensées foncièrement amorales et de descriptions crues, comme ceci est le cas avec Tropique du Capricorne dont nous allons parler plus en détail : on nous narre les années où Miller est employé à la Compagnie Cosmodémonique des Télégraphes, à New York, et dont la journée consistait à trouver du sang neuf pour combler les places laissées vacantes au sein de l'entreprise, ou plutôt à refouler chaque jour les dizaines de postulants qui affluent sans discontinuer. Miller illustre la misère, la faim, le désespoir de ces gens et surtout le cynisme à toute épreuve du narrateur, un individu égoïste, raciste et misogyne n'ayant jamais un sou en poche et trompant son ennui profond et son dégoût de la société dans les bras d'une femme ou dans les méandres de sa réflexion. Difficile de cerner la part de réel et de fictif, même si l'on a parfois l'impression que l'écrivain prend une certaine distance par rapport au personnage principal qui n'est par ailleurs pas dénué d'une certaine compassion, par moment.

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La première partie, intitulée Sur le Trolley ovarien, se conclut sur des réminiscences d'enfance ; Miller y décrit notamment sa stupéfaction mêlée à une certaine curiosité pour la religion chrétienne dont son père et un voisin pianiste s'éprennent soudainement. Il enchaîne sur une discussion de la sexualité, illustrant à la fois son aspect mythologique et cette nécessité de la désacraliser, en quelque sorte. L'auteur se lance alors dans une classification des différents types de vagins, ses accointances avec les dadaïstes ou encore son parcours pour devenir écrivain, parvenant à la conclusion que


la pensée qui ne mène nulle part, conduit partout


Rien de mieux pour illustrer ces dizaines de pages remplies de divagations en tout genre, où l'on découvre un individu épicurien, je m'en foutiste, à la fois enthousiaste et blasé, ballotté de toutes parts et répondant par l'inertie plutôt que la confrontation. Miller semble toujours se situer au-dessus des choses et des êtres, arguant de son intelligence supérieure à la fois irritante et malgré tout à propos. Tropique du Capricorne n'est pas une histoire à proprement parler ; ce sont davantage les notes éparses d'un homme qui a su dépeindre avec lucidité les recoins sombres de la société et de la nature humaine.


Henry Miller – Tropique du Capricorne

(disponible en Livre de Poche)

WWW...

La chronique de Thom

le site officiel de Henry Miller


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Systool 26/07/2007 17:43

Cool, Mickael!Enjoy

Mickael 26/07/2007 14:09

Ton article m'a donné envie de me mettre à quelques lectures de ce cher Miller, en ce moment je lis "Lire aux cabinets" et j'enchainerai sur "Sexus".;) Mickaël

SysTooL 23/07/2007 18:04

Je crois que tout le talent revient à Miller... :-)

Sycophante 23/07/2007 10:41

Tu as l'art et la manière pour donner envie de découvrir un artiste... Merci en tout cas ! ;)

nyko 22/07/2007 17:41

comme je te l'ai déja dit, je préfère "absence" mais c'est vrai que j'ai moins écouté le petit dernier donc mon avis peut encore changer.là je viens de commander le cd/dvd "a purge of dissident" qu'il a réaliser en collaboration avec HAZE XXL, guitariste de Halo Of Flies. Je devrais le recevoir sous peu...

Systool 22/07/2007 21:49

Euh, je crains que le HAZE XXL/DALEK n'ait rien à voir avec les rappeurs de DALEK, mais plutot les anime japonais de dalek (sans ¨)... je pensais aussi qu'il s'agissait d'une collaboration avec eux, mais en fait, non... enfin! Tu me confirmeras...