Pierre Desproges : Chroniques de la Haine ordinaire

Publié le par Systool

Comparer Pierre Desproges à Eric et Ramzy, c'est comme comparer Bob Dylan à Britney Spears. Les seconds sont essentiellement là pour divertir (sans forcément y réussir), tandis que les premiers souhaitent nous apporter quelque chose en plus. Une réflexion. Quelque chose à conserver. Pourtant, n'allez pas croire que je mets Desproges et Dylan dans le même panier pour autant. Le folkeux américain est souvent chiant à mourir, tandis que Desproges était hilarant comme personne. Usant d'un cynisme à couper au couteau ainsi que d'une aisance littéraire prodigieuse, Desproges faisait feu de tout bois même si, comme il le dit à juste titre : On peut rire de tout, mais pas avec tout le monde. La religion, la politique, la mort, tout y passait. La noirceur de son propos n'empêchait pas l'humoriste d'accumuler les calembours et les paradoxes, ainsi que de nous faire rire aux éclats à la moindre de ses phrases. Celui qui fut vendeur d'assurances-vie ou turfiste se fait remarquer au journal L'Aurore pour sa verve étonnante puis, dès 1975, collabore à la TV avec Jacques Martin (Le Petit Rapporteur) et sur scène en compagnie de Thierry le Luron. Par la suite, il poursuivra dans différentes émissions radio telles que Le Tribunal des flagrants délires ou encore Les Chroniques de la Haine ordinaire, de même que dans des one-man show, jusqu'en 1988, lorsqu'il décède d'un cancer à l'âge de 48 ans. Ironie du sort, c'est un sujet dont il parlait fréquemment.


 

Ces fameuses chroniques, justement, que Desproges lisait calmement chaque jour sur France Inter en 1986, reprenaient des sujets-fleuve (La Démocratie, Non aux Jeunes, A Mort le Foot) mais aussi des histoires de petites-gens qui n'en étaient pas moins éclatantes (Misères, La Baignoire aux Oiseaux) ainsi que ses propres tribulations (Ca déménage, Plaidoyer pour un berger). Dans le deuxième tome, Desproges poursuit avec ses descriptions désopilantes de l'horreur moderne : Cannes, le Ku Klux Klan et... les gens qui n'ont pas d'humour. Ses coups de coeur (Paolo Conte, Pierre Doris) et ses coups de gueule (La Fontaine, Sartre...). Sans oublier ses digressions sur les fêtes religieuses, des propositions de questions pour le bac ou ses réponses savoureuses au courrier des auditeurs.

La constante étant que Desproges ne respectait rien, se moquait de tout et de tout le monde, surtout de lui-même. Il parvenait à élaborer des idées complexes avec des phrases certes alambiquées mais qui n'étaient jamais poussives, tant on peut sentir cette ironie et cette finesse à chaque instant. Il savait également utiliser des termes plus familiers mais ne tombait jamais dans la vulgarité. Ce combattant de la bêtise humaine, ce contortionniste des mots et cet amoureux des femmes nous a quitté bien trop tôt, mais il n'est pas trop tard pour se (re)lancer dans son oeuvre fabuleuse, et pourquoi pas en (re)débutant par ces Chroniques de la Haine ordinaire?


Pierre Desproges – Chroniques de la Haine Ordinaire 1 & 2

(disponibles aux Editions Points)


WWW...

Le site officiel de Pierre Desproges (bio, extraits audio et vidéo)



  Au fait, merci à tous les visiteurs du blog... la barre des 300'000 a été passée!!! Il y a 3 mois, on était à 200'000... je vous laisse faire le calcul!

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Christian 14/09/2007 02:05

Tiens Desproges. Ce vilain monsieur est le principal responsable de mes piètres années d'étude. Elles avaient le malheur de se produire à la même époque que le Tribunal des Flagrants Délires. Epoque bien moins sage et aseptisée...Alors oui cynique surement. Mais attention de trop le sacraliser. J'ai par exemple le souvenir de l'avoir vu bien fade et  "petit enfant" face à Michel Serres. Mais je partage tellement son "moi, je n'aurais jamais le cancer, je suis contre !", que je devrais l'accompagner jusqu'au bout de cette sentance. Je fais d'ailleurs tout ce qu'il faut pour celà...Desproges n'est en aucun cas un maitre à penser, c'etait avant tout un amuseur, certes génial. Mais il m'aide tant à exister, que je veux bien le voir comme un maitre à vivre. Et donc un maitre à mourir. Mourons heureux donc... Et le plus vivant possible.Et fuck à la bétise, aux coiffeurs et aux supporters !

Systool 14/09/2007 08:56

J'espère que je n'ai pas été trop flatteur avec Desproges... sacraliser? Jamais, mais je pense que pour une fois que l'on a à faire à quelqu'un d'aussi drôle et critique, ça vaut la peine de le mentionner... A+ Christian

Systool 19/07/2007 19:26

Une pointe de nostalgie dans ton message... :-)

FAB 19/07/2007 18:27

Qui a osé comparer Eric et Ramzy à Desproges ? Il fut une époque où sévissaient pour moi les trois grands de l'humour décapant : lui, Prévost et Le Luron. Tout cela est bien fini mais les vidéos nous rattachent encore à ses bons mots et piques acerbes.

grain de poussière 10/07/2007 07:39

Bonjour Systool,je passe et je tombe encore une fois sur quelsu'un quej'estime ènormement, merci à toi pour ces goûts fin que tu porte.Mr Desproges, grand homme aux grands mots, bonhomme aux pensées vives et pertinantes.Un délice de le voir, un bonheur de l'entendre, une joie de le lire,j'aime, j'adore, j'en redemande.Merci Tool, et au plaisir.

Systool 10/07/2007 13:13

Hello GDP! Une très belle description de ta part...

Systool 09/07/2007 18:11

Et oui, et oui, Carole...