THE MARS VOLTA : Amputechture (chronique, 2006)

Publié le par Systool

On peut apprécier chez THE MARS VOLTA le fait qu'ils n'envisagent pas les choses comme les autres. On peut ne pas apprécier chez THE MARS VOLTA le fait qu'ils n'envisagent pas les choses comme les autres. Après le flamboyant De-loused in the Comatorium et un Frances the Mute plus atmosphérique, Omar et Cedric les chicanos sont de retour avec une nouvelle pelletée d'acid rock révolutionnaire. Leur nouveau (gros) bébé, Amputechture, souffre d'entrée de jeu de cette terminologie compliquée que les groupes de rock progressif utilisent souvent pour nommer leurs titres, comme pour mieux adhérer à la doctrine : « plus c'est technique, plus c'est beau, plus on a l'air intelligent ». Les précédents albums de THE MARS VOLTA (TMV) se basaient sur la vie de deux amis défunts, respectivement Julio Venegas et Jeremy Michael Ward, tandis que Amputechture représenterait davantage un commentaire sur la religion et les réactions de crainte qu'elle suscite, le tout illustré aux moyens de vignettes disparates. Contraction de « amputation », « technologie » et « architecture », il met en lumière la fascination des musiciens pour les corps humains en lambeaux, comme on peut le constater sur la pochette de leurs albums. Notons que les deux compères sont accompagnés de Isaiah Ikey Owens (claviers), du frère d'Omar, le percussioniste Marcel Rodriguez-Lopez, de Juan Alderete de la Pena (basse), du batteur Jon Theodore, du sound-manipulator Pablo Hinojos Gonzalez ainsi que du RED HOT John Frusciante, invité de luxe qui double les parties guitares. A ce niveau, ce n'est plus un groupe, c'est un orchestre...

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" - Ompffff, c'est lourd, ce truc... - tu parles de l'album?"

 

Désireux de proposer une orientation différente à chaque reprise, TMV nous étonnent encore et ce dès le premier titre, Vicarious Atonement, la guitare solo de Omar Rodriguez-Lopez menant le bal tandis que la voix empreinte de lyrisme de Cedric Bixler Zavala la suit fidèlement. Tetragrammaton, en référence aux quatre lettres représentant le dieu hébreu Yahweh (YHWH), se place comme le poste de douane d'Amputechture. Si vous parvenez à franchir cet écueil furieux de plus de 16 minutes qui ferait passer le Third Eye de TOOL pour de la musique simpliste, cet album est fait pour vous. Ce monstre tentaculaire contient la plupart des facettes du MARS VOLTA actuel : ces guitares 80s qui couinent sans cesse, l'utilisation toujours plus marquée des cuivres, les hurlements stridents du chanteur et une séquence frénétique d'intermèdes destabilisants. On souffle quelque peu avec Vermicide, la seule chanson sous la barre des cinq minutes, qui nous montre l'influence d'un Jimmy Page, notamment dans ces solos à la fois mélodieux et torturés. On atteint le coeur de l'album avec Meccamputechture, un autre monument à l'intro hystérique - wah-wah à tous les étages et saxophones debonnaires – qui est suivie par un couplet étouffant à la rythmique plombée et quasi dub ainsi que la voix déclamatoire et souffrante de Bixler Zavala. On appréciera particulièrement la dernière partie avec ses claviers psychédéliques et sa conclusion à la fois solennelle et drolatique.

La deuxième moitié de l'album débute avec l'acoustique Asilos Magdalena, magnifique de retenue, à la fois traditionnelle de par ses arpèges latins et moderne dans le traitement du son, confié au guitariste Omar Rodriguez-Lopez qui, outre le fait de composer toute la musique (y compris les cuivres), s'occupe donc de sa production. Le premier single de Amputechture, la toolienne Viscera Eyes, présente des lyrics en anglais et en espagnol, comme L'Via L'Viaquez (sur Frances the Mute), ainsi qu'une ligne de guitare qui n'est pas sans rappeler Frank Zappa, dont Rodriguez-Lopez est un admirateur sans limite. Parmi les jolies surprises de l'album, on citera encore le prodigieux solo de basse ouvrant Days of the Baphomets, autre monolithe de plus de dix minutes, ainsi que son hallucinant intermède aux percussions. Amputechture se termine un peu comme il a commencé, c'est-à-dire avec un titre sans batterie et faisant la part belle aux atmosphères sombres et embrumées (voix chuchotée, bandes inversées, sitar et orgue lointain). On remarquera d'ailleurs que cette galette possède une structure « en miroir », avec à ses extrémités (les titres 1 et 8) des pièces délicates, puis les morceaux les plus longs et complexes (2 et 7), suivis de titres plus accessibles (3 et 6) et enfin, l'axe central représenté par Meccamputechture et Asilos Magdalena, peut-être les meilleures illustrations du talent d'arrangeur de Rodriguez-Lopez.


 

Car si Amputechture est convaincant par sa prise de risque évidente (mêler des brass free jazz à des structures rock empruntant au prog et au metal), il n'a pas cette cohésion globale qu'on retrouve sur De-loused in the Comatorium (2003) et, un peu à l'image de ses chansons les plus tordues (surtout Days of the Baphomets), a tendance parfois à se perdre dans sa propre complexité : ces changements incessants de paysage, les cantilènes suraiguës de Bixler Zavala qui, si le but est de refiler une migraine incoercible à l'auditeur, réussissent parfaitement dans leur exercice. Génie pour certains, foutage de gueule pour les autres, je vous laisse trancher... A mon sens, il y a beaucoup du premier et un peu du second...

 

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THE MARS VOLTA – Amputechture (2006, Universal Records)

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Le site officiel de THE MARS VOLTA

 

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D&D 07/03/2008 16:05

Encore un beau billet, je trouve. On a beau rien y connaître, on entend tout de suite quelque chose en le lisant, jusqu'à l'envie d'écouter...Je crois que ça ne va pas être tout de suite pour moi Mars Volta, mais je vais continuer à lire tes autres articles sur eux, ça me décrasse la tête !Allez... bientôt le week-end ? Ou y a de la garde dans l'air ?

Systool 08/03/2008 09:46

Je crois qu'écrire que mes articles sont évocateurs (de quoi, au fait?) et font plaisir à lire, même en dehors d'un contexte de "connaisseurs", est le plus beau compliment qu'on puisse faire! Merci à toi pour cette soif de culture! Excellent week-end, D! PS : Non, cette semaine, pas de garde... je vais en profiter pour me reposer... et aller voir THERE WILL BE BLOOD!

Christian 13/06/2007 00:22

Et non je n'ai pas de blog... Je me tate, et en attendant, je suis un ittinérant. J'écris sur Fake For Real et Jazzitude (sous le nom de Duppy) principalement, et devrait me plonger dans le collectif des amis de la Trogne dès que j'aurai un peu plus de temps...

Systool 13/06/2007 12:24

OK merci d'être repassé pour répondre ;-)

Christian 10/06/2007 22:35

Je n'ai jamais écouté Mars Volta pour ma part, et c'est surement un tord.Par contre, es-tu au courant de cette nouvelle collaboration : Look Daggers ( 2Mex et Ikey Owens). 2Mex est une des icones du rap underground de Los Angeles. Tellement une icone, qu'il est quasiment le rap underground à lui tout seul ! C'est une sorte de gros bébé mexicain obèse, avec un rap hyper technique et rapide, mais sincère et écorché vif qui le rend particulièrement bouleversant.Un lien : http://www.hiphopcore.net/forum/index.php?topic=9433.0 pour en savoir plus.

Systool 10/06/2007 22:57

Hello Christian! MARS VOLTA recèle plus d'une qualité... tu devrais y jeter une oreille, qui sait?Sacré Isaiah Ikey ;-) Il est sur tous les fronts... je ne connais pas ce rappeur obèse et underground... je vais lire avec intéret l'article en lien...Au fait, tu as un blog?

nyko 06/06/2007 00:15

salut syst,je ne sais pas ce qu'en pense Thierry mais moi je trouve le nouveau Rodriguez Lopez excellent.mais tu me disais que tu voulais le Battles également...franchement procures toi les 2 !

Systool 06/06/2007 08:57

Pourquoi choisir quand on peut avoir les deux! :-)

Thierry 04/06/2007 23:44

Salut SysT, alors as-tu eu l'occasion de jeter deux oreilles attentives sur l'album d'Omar Rodrigo-Lopez ? Bonnen nuit !@++

Systool 05/06/2007 14:17

Euh, non, toujours pas... on en parlait avec Nyko de Musiques alternatives...